| Les portus de la vallée de l’Escaut à l’époque carolingienne. Analyse archéologique et historique des sites de Valenciennes, Tournai, Ename, Gand et Anvers du 9e au 11e siècles. (Florian Mariage) |
| home | liste des thèses | contenu | précédent | suivant |
III. Catalogue archéologique des portus de la vallée de L’Escaut du 9e au 11e siècles
Le catalogue des portus de la vallée de l’Escaut du 9e au 11e siècles est une opération fastidieuse, nécessitant une heuristique complexe. L’exhaustivité recherchée ici est compliquée par les difficultés d’accès aux fouilles anciennes, quand publication il y a eu. Plus fondamentalement, on le verra, la période étudiée ici est le parent pauvre de l’archéologie urbaine, bien plus encore que pour l’époque mérovingienne, dont une étude récente a déjà montré les limites[322].
Le catalogue est organisé par site de découvertes. Pour chaque site de fouille, on tachera de classer méthodiquement les informations récoltées en distinguant:
Nom du site et cote (ex: Val 1, Ty 6, Gd 2, Anv 9…)
A. Localisation précise des découvertes et date de fouilles
B. Nature du site aux époques antérieures (romaine et mérovingienne)
C. Nature des découvertes à la période carolingienne et chronologie
D. Bibliographie
Pour chaque portus, on fera le point au sujet de l’apport des sources iconographiques (cartes et plans) concernant la topographie urbaine, ainsi que le matériel découvert en dehors du site (produits d’exportation). Enfin, un catalogue détaillera les éventuelles frappes monétaires locales et leur aire de dispersion, essentiellement sur base d’une publication de G. Depeyrot[323].
3.2.1 Valenciennes
La recherche archéologique à Valenciennes se caractérise par son caractère modeste, et relativement récent. Philippe Beaussart[324], en 1987, avait déjà tenté d'en dresser un premier bilan, extrêmement maigre. Durant la décennie suivante, avec le développement de nombreux chantiers urbains, les choses ont quelque peu évolué, mais aucune découverte exceptionnelle n'a cependant été faite concernant la période carolingienne[325]. Par comparaison, la période romaine est de loin beaucoup mieux représentée dans le sous-sol de la ville[326], alors qu’historiquement les textes ne situent le développement de l’agglomération qu’à l’époque carolingienne tardive!
La mise en place récente d’un service d’archéologie municipale[327] devrait permettre de combler peu à peu les lacunes de la documentation dont souffre particulièrement Valenciennes, plus que toute autre ville du Nord / Pas-de-Calais.
Val 1: Cimetière Saint-Roch
A.
Localisation et dates: Cimetière moderne de Saint-Roch, situé au nord de la ville, à la limite des communes de Valenciennes et de Saint-Saulve, au pied de la colline du Rôleur. Fouilles partielles à partir de 1914, organisées de manière plus méthodique en 1947 par le cercle archéologique de Valenciennes.
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire: (voir ci-dessous)
Epoque mérovingienne: La nécropole contenait plus d'une centaine de tombes, organisées en deux groupes bien distincts et dont la chronologie s'étendait du Bas-Empire au 7e siècle. Les unes étaient orientées nord-sud, avec un mobilier presque exclusivement composé de céramiques. Les autres, orientées est-ouest, comprenaient un mobilier plus abondant et davantage diversifié, présentant toute la panoplie de la nécropole mérovingienne "classique": armes, bijoux, vases biconiques. Cette nécropole s'apparente au type même du cimetière mérovingien "suburbain" à utilisation continue, plus que vraisemblablement utilisé par le petit noyau d'habitat localisé sur la rive droite de l'Escaut, autour de l'église primitive Saint-Géry. Son abandon à la fin du 7e siècle ou au début du siècle suivant correspondrait alors au début des inhumations chrétiennes à proximité de l'habitat, autour de sanctuaires sacralisés. En l'absence de fouilles autour et dans Saint-Géry, cette hypothèse demeure cependant à vérifier.
C.
Epoque carolingienne: /
D.
Beaussart 1983; Beaussart 1987, p. 95-99.
Val 2: Eglise Saint-Géry
A.
Localisation et dates: fouilles de 1944 dans l'église Saint-Géry (anciennement l’église des Frères Mineurs), Square Watteau.
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire / Epoque mérovingienne: /
C.
Epoque carolingienne: Quatre sondages ont été réalisés dans les bas-cotés et le chœur de l’église. Outre des caveaux funéraires, quelques sculptures et des vestiges de pavements médiévaux, on mit au jour d’importantes fondations anciennes, qui pourraient remonter au haut Moyen Age. L’hypothèse que ces structures appatiennent au donjon est bien sûr à mentionner ici, dans la mesure où l’on sait que l’église des Frères mineurs reprendra précisément l’emplacement de ce dernier au 13e siècle. L’absence de publication sur le sujet rend malheureusement impossible la rédaction d’une notice archéologique valable.
D.
Beaussart1987, p. 103.
Ph. Beaussart mentionne en note deux publications, auxquelles nous n’avons malheureusement pas eu accès:
Fouilles de l’église Saint-Géry. Dossiers du Cercle archéologique de Valenciennes, Inédit, 1944;
Ph. Beaussart, L’archéologie des lieux de culte à Valenciennes. Catalogue d’exposition «Archéologie en Hainaut-Cambrésis-Avesnois, Valenciennes, 1981, p. 41.
Val 3: Rive gauche: fondations carolingiennes
A.
Localisation et dates: Fouilles de 1983, sur la rive gauche de l’Escaut, à proximité de la Rue de l’Intendance
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire:/
Epoque mérovingienne: /
C.
Epoque carolingienne: Le catalogue de Philippe Beaussart mentionne au n°13 la découverte de fondations carolingiennes, sans qu’il n’en soit fait référence, ni dans le corps de l’exposé, ni en notes.
D.
Beaussart 1987, annexe 4, p. 140.
Val 4 : Rue des Glatignies
A.
Localisation et dates: Fouille menée en 1988, sur une superficie de 1500 m², à la Rue des Glatignies. Le site de fouilles, sur la rive droite, est proche de la Place du Neuf Bourg.
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire / Epoque mérovingienne: /
C.
Epoque carolingienne: La notice archéologique publiée sur le sujet mentionne la découverte de nombreuses traces de dépressions -interprétées comme étant des fossés-, auxquelles est associé un riche matériel céramique des 11e et 12e siècles. Un pieu de bois est le seul témoignage d’occupation du site (habitat?) à cette époque: aucune trace d’urbanisation antérieure au 15e siècle n’y a été décelée.
D.
Chronique des fouilles médiévales, dans Archéologie Médiévale, t. 19 (1989), p. 277.
Val 5: Moulin Saint-Géry
A.
Localisation et dates: Fouille menée en 1992, sur l’emplacement des anciens bains-douches de la ville, anciennement occupé par le moulin dit de Saint-Géry, à la confluence de la rivière Sainte-Catherine et de l’Escaut.
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire / Epoque mérovingienne: /
C.
Epoque carolingienne: L’intérêt du site fouillé est qu’il se trouve à l’emplacement du canal creusé probablement au 8e ou au 9e siècle et qui marquait -selon les historiens- la limite de l’agglomération carolingienne de Valenciennes. Ce canal n’a cependant livré aucun matériel de cette époque, et ses abords nulle trace d’habitat. Plus tard, au plus tôt au 13e siècle, le site sera réoccupé par un moulin à eau.
D.
Anonyme 1993
Val 6: Impasse des Carmes
A.
Localisation et dates: Fouille menée en 1998, à proximité de l’Escaut, à l’emplacement d’un Couvent des Carmes du 13e siècle, et de l’emplacement présupposé du portus carolingien.
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire / Epoque mérovingienne: /
C.
Epoque carolingienne: Le site se distingue par l’absence de vestiges de l’époque carolingienne, malgré la proximité supposée avec le portus de cette époque, dans le centre économique de l’agglomération. Aucune structure antérieure au 19e siècle n’a pu y être découverte. Pour les périodes plus anciennes, la stratigraphie a livré d’épais remblais de démolitions. On retiendra tout de même sous ces différentes couches une strate de couleur gris foncé à noir, qui correspondrait à la berge ancienne de l’Escaut, et qui a livré plusieurs lots de céramique commune grise et un matériel assez diversifié datant des 13e au 14e siècles. Nulle trace en tous cas d’une occupation carolingienne à cet endroit de l’agglomération.
D.
Anonyme 1999
Val 7: Place de l’Hôtel de ville et Place du Marché
A.
Localisation et dates: dans le cadre du projet «cœur de ville», fouille menée en 2000 et 2001, à la Place de l’Hôtel de ville et Place du Marché, préventivement à la construction d’un parking souterrain.
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire / Epoque mérovingienne: /
C.
Epoque carolingienne: Un fossé large d’1,15 à 1,30 m a été repéré Rue Delsaux. Il suit le bas du versant calcaire, parallèlement à l’Escaut. Ce fossé, contenant des tessons gallo-romains en contexte avec de la céramique des 9e et 10e siècles, est en relation directe avec une voie qui le longe. Dans un second temps (11e -12e siècles), un large fossé de plus de 10 m de large est creusé pour, semble-t-il, défendre le Vieux-Bourg. Un mur en gré du Landénien, d’1 m d’épaisseur court le long du fossé; il pourrait s’agir d’un tronçon du rempart primitif.
La fouille de la place de l’Hôtel de ville a révélé les vestiges très arasés d’un fond de cabane, des 10e-11e siècles. Il s’agit des structures les plus anciennes repérées sur le site, la phase suivante d’occupation étant du 13e siècle. A la Place du Marché aux fleurs, sous des caves du 16e siècle, mise au jour de quatres structures excavées du 10e ou 11e siècle, vraisemblablement des fonds de cabanes, orientés nord-sud. Des petites fosses et des silos complétaient l’ensemble.
D.
Maliet 2000, p. 78-79; Tixador et Maliet 2001; Tixador 2001; Anonyme 2002; http://www.ville-valenciennes.fr
Val 8: Hotel de ville
A.
Localisation et dates: Découverte réalisée en 1780 à l’emplacement de l’hôtel de ville, lors de la construction d’une prison à cet endroit.
B.
Haut-Empire/ Bas-Empire / Epoque mérovingienne: Voir ci-dessous
C.
Epoque carolingienne: A 2,50 -3m de profondeur, on découvrit en 1780 environ 200 squelettes d’hommes apparemment jeunes (ou plutôt de petite taille?), enterrés dans des cercueils de bois sur des lits de sable. Sous cette couche, de 1,20 à 1,50m plus bas, découverte d’urnes contenant des ossements et du charbon, qui pourraient être des tombes à incinération romaines. Le texte mentionne également la découverte de javelots, vraisemblablement du mobilier mérovingien. En l’absence de matériel dans les deux cents tombes de la couche supérieure, on penche pour une datation qui remonterait au plus tard à la fin de la période mérovingienne.
Nous citons ici le passage de l’époque, relaté par J. Loridan:
«1780. – Nouvelles prisons….
On trouva à huit ou dix pieds de profondeur plus de deux cents cadavres enterrés côte à côte, sur des lits de sable et sans cercueil. Un seul de ces cadavres s’est encore trouvé avoir été enseveli dans un drap de soie qui paraissait cramoisi. J’en ai un morceau dans mes curiosités. Ces cadavres paraissent être ceux de jeunes gens et avoir été placés en même temps, ce qui dénote que ce fut à la suite d’une défaite. D’ailleurs, je vis une tête dont le crâne était renfoncé et un autre troué. En fossoyant quatre ou cinq pieds plus bas, on trouva plusieurs urnes remplies de cendres et de charbon, mais on ne put en conserver une entière… Il n’y avait sur les urnes aucune inscription qui puisse nous rappeler l’époque. On ne trouva aucune médaille de ce temps. On trouva aussi différentes espèces de javelots qui se trouvent aujourd’hui dans mes curiosités…»
D.
Beaussart 1987, p. 157, n° 45 bis; Delmaire 1996, p.422; Loridan 1913, p. 400-401
Val 9:Trouvailles isolées
Une publication de 1993 (Demolon et Verhaeghe 1993) signale la présence à Valenciennes de "céramiques claires peintes", de provenance différente de la production de Baralle. On ne sait malheureusement pas d'où provient ce matériel ni quand il a été découvert.
Valenciennes: Produits d’exportation
Les fouilles archéologiques menées jusqu’à présent à Valenciennes n’ont pas permis de découvrir les traces d’un artisanat particulier, propre à l’agglomération carolingienne. Il est difficile dans ce contexte de savoir si des produits locaux étaient exportés dans d’autres sites. Historiquement, cette carence pourrait s’expliquer par le caractère domanial de l’agglomération primitive. Valenciennes aurait pu jouer le rôle de centre régional de redistribution de produits périssables -et donc indétectables par l’archéologie-, notamment ceux issus du fiscus d’origine mérovingienne.
Valenciennes: Monnaies
Une production monétaire carolingienne est attestée sous Pépin le Bref (752-768), puis bien plus tard sous Charles le Chauve (840-877) et Eudes (887-897)
Denier de Pépin le Bref, type de 754/5-768 (1 exemplaire)
Droit: R P
Revers: VAL
Référence: Depeyrot 1104
Lieu de découverte: Echternach (G.-D. Luxembourg)
Denier de Charles le Chauve, type de 864-875 (10 exemplaires)
Droit: + GRATIA DEI REX monogramme
Revers: + VALENCIANIS croix
Référence: Depeyrot 1105
Lieux de découverte: Clairoix (dép. Oise, ar. Compiègne, Fr.), Ablaincourt-Ans (dép. Somme, ar. Péronne, Fr.)
Denier de Charles le Chauve, type de 864-875 (24 exemplaires)
Droit: + GRATIA DEI REX monogramme
Revers: + VALENCIANIS PORT croix
Référence: Depeyrot 1106
Lieux de découverte: Saint-Denis (dép. Seine-Saint-Denis, ar. Bobigny, Fr.), Vire (dép. Calvados, ch.-l. d’ar., Fr.), Ablaincourt-Ans (dép. Somme, ar. Péronne, Fr.), Glisy (dép. Somme, ar. Amiens, Fr.), Monchy-au-Bois (dép. Pas-de-Calais, ar. Arras, Fr.), Montrieux-en-Sologne (dép. Loir-et-Cher, ar. Romorantin-Lanthenay, Fr.)
Denier d'Eudes, type de 887-898 (1 exemplaire)
Droit: Type inconnu selon Depeyrot
Revers:
Référence: Depeyrot 1107
Lieux de découverte: Monchy-au-Bois (dép. Pas-de-Calais, ar. Arras, Fr.)
Valenciennes: Topographie urbaine
Les plans anciens de la ville permettent de reconnaître différents noyaux d’habitat, correspondant aux phases d’évolution démographique de Valenciennes.
Tout d’abord, au nord-est, il y a l’ancienne église Saint-Géry (aujourd’hui Square Froissart), autour de laquelle s’est probablement développée l’agglomération mérovingienne primitive. Les historiens (Platelle 1982) en font l’église du portus, vu la proximité des sites du Rivage, du pont Néron et du Marché aux poissons. C’est là qu’il faudrait donc localiser le centre d’activités économiques.
Au sud-ouest du portus, délimité par l’Escaut, la petite rivière de la Rhônelle et le canal Saint-François, on trouve le castrum. Ce petit triangle de terre, naturellement protégé par l’eau, comprenait à la fin du 10e siècle un donjon emmoté, une collégiale dédiée à Saint-Jean et une hôtellerie. L’épine dorsale de ce castrum est constituée par l’actuelle Rue de Paris. On ne sait si le site était entouré d’une fortification.
Au 11e siècle, Valenciennes connaît un développement économique et démographique sans précédent. Cet essor sera à l’origine de l’urbanisation de l’espace situé entre le portus et le castrum, et dénommé Grand-Bourg. C’est là que se situe le centre économique de la ville du bas Moyen Age, autour de l’actuelle Place d’Armes.
Rapidement, un autre quartier est occupé. C’est le Neuf-Bourg, situé à l’est du castrum. Neuf-Bourg et Grand-Bourg seront probablement protégés par un système défensif, mais on n’en sait pas plus.
La carte de dispersion des découvertes archéologiques relatives au haut Moyen Age (annexe, carte 2) ne permet pas de confirmer ou d’infirmer cette topographie, car les trop rares trouvailles ont été faites sur les deux rives de l’Escaut, essentiellement en dehors du castrum, mais néanmoins à faible distance de celui-ci, dans un rayon de 500 m autour de la collégiale Saint-Jean. Le secteur potentiellement le plus riche reste à fouiller.
3.2.2 Tournai
La période comprise entre les 8e et 11e siècles est le parent pauvre de l'archéologie à Tournai. Des synthèses récentes ont vu le jour concernant la période mérovingienne, et M. Lesenne avait publié en 1981 un répertoire de toutes les trouvailles archéologiques à Tournai[328]; malheureusement cet inventaire, en conformité avec le point de vue adopté par la collection, ne couvrait pas les périodes concernées dans cette étude. Pour les découvertes les plus récentes, la source principale consiste dans les Chroniques de l’archéologie wallonne. Pour la période antérieure, on dispose de publications isolées, notamment celles issues de la Collection d’archéologie Joseph Mertens, de l’association SOS fouilles, dans une moindre mesure des compte-rendus annuels d’Archaeologia Mediaevalis et la chronique de la revue Helinium.
Depuis une dizaine d’années, on a cependant progressé considérablement dans la connaissance archéologique du Tournai carolingien. Les sondages déjà réalisés dans l’environnement immédiat de la cathédrale Notre-Dame (jardins de l’évêché, Place du Marché aux poteries, Place de l’Evêché, anciens cloîtres) et ceux en cours à l’intérieur même de l’édifice affinent progressivement nos connaissances en la matière. Plus fondamentalement, on notera que l’essentiel des témoignages archéologiques se limite aux fouilles d’édifices religieux (chapelle de la Grand’-Place, églises Saint-Piat, Saint-Pierre et Saint-Quentin). Force est de constater qu’on ne sait strictement rien de l’habitat tournaisien de cette époque, de la prétendue enceinte épiscopale et moins encore des structures économiques en place. Quant au matériel archéologique mis au jour, il se limite à quelques fragments de céramique.
TY 1: Cathédrale Notre-Dame
A.
Localisation et dates: Deux campagnes de fouilles menées en 1996-1997 et 2000-2001 aux abords et dans la cathédrale de Tournai, dans le cadre des sondages pour l’étude de la stabilité de l’édifice. Ces sondages sont complétés par la fouille menée actuellement dans la basse-nef nord de la cathédrale (été 2002- ).
B.
Haut-Empire / Bas-Empire: L’étroitesse et l’éloignement des sondages réalisés empêchent jusqu’à présent la compréhension de toutes les structures découvertes. Du Bas-Empire cependant, on peut citer trois murs en «U», mis au jour au pied de l’abside nord du transept, et qui se prolongent sous les fondations de la cathédrale. Ces structures semblent être à mettre en relation avec le complexe découvert sous les cloîtres de la cathédrale. Au pied de la tour Brunin, un mur romain de plus de 2,60 m de haut sert d’appui aux fondations de la tour. Deux foyers ont également été découverts à cet endroit.
Sous la basse-nef nord, les niveaux les plus anciens attestent d’une occupation intensive du site (baignoire, nombreuses maçonneries) avant la construction de la cathédrale paléo-chrétienne. A cette première cathédrale pourrait appartenir deux murs maçonnés à 40 cm au-dessus de grandes dalles calcaires. Des pierres de ce type avaient déjà été découvertes en dehors de l’église actuelle, sous les cloîtres; leur fonction reste à ce jour indéterminée.
Epoque mérovingienne: Les publications disponibles à ce jour ne permettent pas de distinguer les structures “paléochrétiennes”, plutôt du Bas-Empire, de celles mérovingiennes.
C.
Epoque carolingienne: Sous la cathédrale préromane mise au jour (voir ci-dessous), on a trouvé plusieurs traces d’un bâtiment qui appartient à l’église cathédrale antérieure.
Quels sont ces vestiges? Dans la nef sud, la façade de l’église «de l’an mil» (voir ci-dessous) s’appuie sur un mur antérieur assez solide, maçonné avec du mortier rose et que les archéologues ont pu suivre sur une assez grande profondeur. En vis-à-vis de ces découvertes, dans la basse-nef nord, on vient de mettre au jour (novembre 2002), un tronçon de mur contre lequel viendront plus tard s’appuyer les fondations romanes. Un niveau de sol a également été observé à plusieurs dizaines de centimètres sous le béton préroman. Il pourrait correspondre au niveau d’occupation d’un bâtiment carolingien. Des découvertes du même type ont été faites dans le transept nord, à la cote 20,45m. Tout indique donc que la cathédrale carolingienne, comme la suivante, avaient une largeur plus ou moins équivalente à la nef de la cathédrale actuelle, soit environ 20 m.
Mais la découverte fondamentale de ces fouilles récentes est la mise au jour sous la basse-nef nord d’une structure circulaire très bien conservée, d’une profondeur d’1 m environ et d’un diamètre équivalent, et maçonnée en entonnoir. La forme de l’ensemble et la présence de trous sur son pourtour, témoignant d’une couverture sur colonnes (baldaquin?), semblent accréditer l’hypothèse du baptistère. La chronologie retenue pour l'instant est la période carolingienne tardive (10e siècle?). Cette structure est en tous cas antérieure à l’église du 11e siècle dont le niveau de sol vient recouvrir le tout.
Au pied de la tour Brunin, à l’intérieur de la cathédrale, on a trouvé un mur avec contrefort, conservé sur une hauteur de 1 m et orienté nord-sud. Des tombes contemporaines étaient associées à cette structure, et le tout fut surmonté par les fondations de l’église romane.
Un autre résultat spectaculaire de ces multiples sondages est la découverte, à 2,50 m sous le pavement de la cathédrale romane, à la cote 21,15 m, d’un niveau de sol parfaitement conservé de la cathédrale appelée provisoirement par les archéologues «de l’an mil», mais datant plus vraisemblablement du milieu du 11e siècle. Ce béton très solide, recouvert d’une fine couche de tuileau rouge, a été retrouvé à des hauteurs identiques dans la nef sud, à proximité de la porte Mantile et, plus récemment, dans la basse-nef nord. Le sondage de la basse-nef sud a également révélé la façade de ce grand édifice. Fait caractéristique: cette façade ne suit pas parfaitement l’orientation de la cathédrale romane, mais s’aligne plutôt sur les édifices romains et mérovingiens mis au jour sous les cloîtres de la cathédrale. La cathédrale «de l’an mil» comportait en outre une imposante tour de façade, dont le mur ouest mesurait 1,20 m d’épaisseur, et desservie par un escalier à vis auquel on accédait via l'intérieur de la nef.
D.
Brulet, Brutsaert et Coquelet 2001; Siebrand et Verslype 1997; Brulet, Brutsaert et Verslype 2002B; Brulet, Brutsaert et Dekers 2003; Fouilles en cours dans la basse-nef nord.
Nous tenons à remercier ici M.-A. Deckers pour les renseignements fournis.
TY 2: Cloîtres de la cathédrale et anciens batiments capitulaires
A.
Localisationet dates: Plusieurs campagnes de fouilles menées de 1997 à 1999, à l’emplacement des anciens cloîtres de la cathédrale de Tournai, place Paul-Emile Janson. En 2001, le chantier a été étendu à l’emplacement du «quadrilatère», également connu sous le nom de «porte du cloître».
B.
Haut-Empire / Bas-Empire: Des structures du Haut–Empire, les archéologues n’ont découvert que des fragments en pierre d’un grand édifice (temple?), réutilisés dans des constructions mérovingiennes. Au sud, un habitat en bois est très bien conservé. Son étude est en cours. A la fin du 3e ou au début du 4e siècle, à l’époque ou on construit l’enceinte romaine, l’ensemble du site est arasé. On y bâtit alors une grande salle d’environ 15 m sur 20, dotée d’un hypocauste monumental à canaux et décorée de stucs et d’enduits peints.
Epoque mérovingienne: Dans le courant du 5e siècle, l’ensemble du site est de nouveau nivelé et contre une partie des maçonneries de la grande salle détruite vient s’adosser un nouvel édifice en opus africanum alliant gros blocs de grès landéniens et calcaire local; le tout avoisine les 12 m sur 18 m. Cet édifice, qui pourrait avoir servi d’aula au groupe épiscopal primitif, semble également doté de chauffage à hypocauste. Dans l’angle sud-est de la construction, une abondante concentration de graminées, les restes d’un séchoir à grain et à l’extérieur de nombreux restes de boucherie témoignent de l’économie du site et d’occupations domestiques voisines. Toutes ces constructions sont recouvertes d’une grosse couche de terres noires, qu’on arrive à dater grâce à la présence d’un abondant matériel du 6e siècle.
C.
Epoque carolingienne: De la période carolingienne, on connaît à présent l’emplacement du cloître cité par les sources écrites en 817. Celui-ci précède la construction d’un ensemble canonial du 11e siècle. Le bâtiment suivant est le cloître roman construit au 12e siècle, et dont il subsiste un pan de mur. De l’ensemble carolingien et préroman, on a pu identifier un angle complet, des niveaux de sol et des structures annexes dont certaines pourraient s’apparenter à un lavabo. L’entrée d’un bâtiment canonial antérieur au 12e siècle a également été repérée, vers le nord-est. Il semble que l'effondrement d’une galerie soit à l’origine de la reconstruction du cloître carolingien deux siècles plus tard.
Plusieurs sépultures sans mobilier ont été découvertes dans l’emprise du complexe pré-roman. Celles-ci n’ont fait cependant l’objet d’aucune publication.
Enfin, à l’emplacement du «quadrilatère», de l’autre côté du fragment de mur du cloître roman, plusieurs maçonneries ont été mises en évidence. Il s’agit de radiers et de bétons de sol, en relation à des niveaux de circulation d’interprétation malaisée. Le tout prend assise dans d’épaisses couches de terres noires très instables et humides. Là ont été découverts quelques tessons de céramique carolingienne, qui viennent compléter le faible corpus de pièces de cette nature déjà trouvées à Tournai, soit à Saint-Brice, à la Place Saint-Pierre, à la Rue de l’Arbalète, à la Place de l’Evêché et sous les cloîtres de la cathédrale. L’étude de cet ensemble est en cours.
D.
Verslype et Siebrand 1997; Brulet, Siebrand et Verslype 1998; Brulet et Verslype 1998; Brulet et alii 1999; Brulet et alii 2000; Brulet, Brutsaert et Verslype 2002A.
TY 3: Vieux-Marché-aux-Poteries
A.
Localisation et dates: En 1991, une tranchée de fouilles a été ouverte le long des bas-côtés sud de la cathédrale, sous la chapelle gothique de Saint-Vincent, place du Vieux-Marché-aux-Poteries.
B.
Haut-Empire- Bas-Empire/ Epoque mérovingienne : Les structures mises au jour sous l’édifice absidial se refusent à toute datation précise. Les quelques maçonneries découvertes ont semble-t-il été édifiées sur un imposant remblai du Bas-Empire, comblant une excavation pratiquée antérieurement dans la roche, peut-être à des fins de carrière de pierre, selon l’hypothèse de M. Amand. Un canal maçonné, un sol et surtout un imposant mur témoignent d’une occupation active du site durant cette période. La facture de ce dernier le rapproche de la découverte sous les jardins de l’évêché d’un grand bâtiment daté du haut Moyen Age. Le matériel retrouvé, soit de la céramique romaine résiduelle, ne permet cependant aucune datation plus précise.
C.
Epoque carolingienne: Surmontant les structures décrites ci-dessus, un remblai massif, dense et homogène, constitué d’argile alluvionnaire, vient recouvrir l’ensemble. Le tout est recouvert d’une fine couche d’incendie apportée. Directement consécutif à ce nivellement, une petite chapelle est construite. L’édifice, apparemment mononef, mesurait 2,75 m de large et était ponctué d’un chevet absidial. Sa longueur ne nous est pas connue; elle excède en tous cas les 4,40 m. On accédait à l’abside légèrement surélevée par rapport à la nef via un seuil de pierre. La base d’un autel maçonné, mesurant 1,50 m sur 0,93 m, a aussi été repérée. On ne connaît pas la date de construction de la chapelle, mais l’environnement immédiat de l’édifice laisse penser à une fondation carolingienne, directement liée aux grands bouleversements du 9e siècle, à savoir le nivellement du site en vue de la construction du cloître et de la cathédrale. La fonction de la chapelle est inconnue. S’agit-il d’un édifice de culte privé, lié au palais épiscopal, et dont la future chapelle Saint-Vincent reprendrait plus tard la fonction et l’emplacement? Cette chapelle est-elle au contraire un élément du groupe cathédral carolingien? Rien n’est assuré. Quoi qu’il en soit, à proximitéimmédiate, plusieurs tombes contemporaines ont été identifiées. La phase la plus ancienne remonterait au 10e siècle: cela correspond aux premières inhumations intra muros, telles que pratiquées à Saint-Pierre à la même période. La chapelle est rasée lors du creusement des tranchées de fondations de la cathédrale romane, soit durant le premier quart du 12e siècle (sources: L. Deléhouzée).
D.
Brulet, Siebrand et Verslype 1998; Verslype 1993; Verslype 1994
TY 4: Jardin de l’Evêché
A.
Localisation et dates: Une partie du jardin de l’évêché a été fouillée au cours de l’hiver 1941-1942 par Marcel Amand.
B.
Haut-Empire / Bas-Empire/ Epoque mérovingienne: Dans le jardin de l’évêché, les découvertes ont porté principalement sur plusieurs maçonneries d’époque romaine, parmi lesquelles un mur de plus de 15 m de long et 1,20 m de haut, ainsi qu’un four à chaux circulaire de 3,30 m de diamètre, tous deux datés au 1er siècle après J.C. L’ensemble est recouvert de plusieurs couches de remblai, contenant un matériel hétéroclite du 2e au 4e siècle.
C.
Epoque carolingienne: S’appuyant en partie sur le grand tronçon de mur d’époque romaine, un grand bâtiment de 6,80 m de long et 2 m de large est construit sur le site. L’édifice est divisé en trois parties, et se distingue par son appareillage soigné, lié par un mortier grisâtre, ainsi que par la présence de deux niches accolées aux parements intérieurs revêtus d’un enduit blanchâtre. On a même mis au jour, à 0,90 m sous le niveau actuel d’après la publication consultée, un fragment du pavement de mortier blanc, reposant sur un radier de pierres. Selon M. Amand, sa construction remonterait au haut Moyen Age, en tous cas avant le 12e siècle. Notons que les interprétations de cet auteur et les relevés qu’il fournit sont aujourd’hui remis en cause (communication personnelle de L. Verslype).
D.
Amand 1984
TY 5: Place de l'Evêché
A.
Localisation et dates: fouille menée en 1986 à la place de l'Evêché à Tournai
B.
Haut-Empire / Bas-Empire/ Epoque mérovingienne : Aucune découverte substantielle d'occupation romaine ou mérovingienne n'a été faite à la place de l'Evêché. Les niveaux situés entre la couche carolingienne (voir ci-dessous) et le sol en place n'ont révélé que du matériel gallo-romain commun, sans aucune trace de structure.
C.
Epoque carolingienne: Les vestiges d'époque carolingienne sont rares. La principale découverte est celle d'un empierrement (couche n°10), constitué de petites pierres et de débris de tuiles. Ce niveau de sol surmonte une couche argileuse compacte (couche cotée n°13), épaisse de 0,30 m à 1 m, noirâtre, attestée comme étant carolingienne (9e-10e siècle) d'après la céramique mise au jour. L'empierrement a été retrouvé dans deux tranchées différentes, entre 2,28 m et 2,98 m sous le seuil de la cathédrale actuelle, et il présente une déclivité sensible vers l'entrée de l'église. En première hypothèse, on est là en présence du parvis de la cathédrale carolingienne ou pré-romane, vraisemblablement constitué entre le 10e siècle et la première moitié du 12e siècle au plus tard. En outre, dans la couche argileuse n°13 qui sert d'assise au cailloutis n°10, les archéologues ont mis au jour un cercueil en chêne, pour lequel l'analyse dendrochronologique par P. Hoffsummer a donné comme terminus post quem la date de 958.
Dans la tranchée I, entre l'empierrement du haut Moyen Age et la couche carolingienne n°13, les fondations d'un mur orienté est-ouest, d'une largeur de 1,40m témoignent de l'existence d'une construction -peut-être un simple muret- antérieure au grand nivellement du parvis.
Les tessons découverts dans la couche 13 constituent un rare exemple de céramique du haut Moyen Age à Tournai. En tout, on peut distinguer trois catégories. La première est représentée par 11 tessons caractéristiques des pots à cuire globulaires, à fond lenticulé et plat, grossièrement façonnés dans une pâte grise et cuits de manière irrégulière. On pense à une fabrication locale, s'apparentant à de la céramique datée du 9e au 10e siècles et retrouvée sur les sites de Petegem, Bruges ou encore Houdain-lez-Bavay. La seconde catégorie (4 tessons) est également constituée de pots à cuire, mais ici de facture plus soignée, et dont le bord éversé est creusé d'une gorge interne plus ou moins marquée. Dans deux cas, les bords portent un décor peint, ce qui tend à les rapprocher aux productions d'ateliers du nord de la France. Un tesson également peint rentre dans une troisième catégorie; la pâte est ici sableuse, rugueuse, avec des inclusions de chamotte. Dans l'attente d'études plus poussées sur la question, le tout est daté provisoirement de la fin 9e au 10e siècles.
Enfin, au début du 12e siècle, une épaisse couche de remblai fut apportée sur le site dès lors rehaussé, et le parvis de la cathédrale romane fut alors utilisé comme cimetière de manière intensive.
D.
Vilvorder et alii 1987; Raveschot 1989, p. 240.
TY 6: Place Saint-Pierre
A.
Localisation et dates: Fouilles menées dans la partie sud-est de la place Saint-Pierre à Tournai, de 1990 à 1991.
B.
Haut-Empire: Le site est occupé au Haut-Empire. En témoignent les fragments de fondations de trois murs en pierre, des restes de sols en béton ainsi qu’au nord-ouest, trois fours circulaires et une fosse. Le tout est daté de la fin du 1er au 2e siècle.
Bas-Empire: Un très grand édifice du 4e siècle (daté d’après un solidus de Constant, de ca 343) est construit sur l’habitat du Haut-Empire. Cet ensemble monumental comprenait au moins une salle de 32 m sur 24 m, s’ouvrant vers l’ouest par une porte monumentale. Sa partie sud-est fut réaménagée plus tard et dotée d’un hypocauste à canaux rayonnants. A la fin de la période, l’édifice est condamné et d’après la découverte de dix foyers de forme circulaire ou rectangulaire, l’ensemble fut alors réutilisé à des fins artisanales. Un très riche matériel archéologique a été mis au jour pour toute la période romaine, comprenant 734 monnaies (datées essentiellement de 260 à 402), 25 objets en métal, 7 perles et fusaïoles, 38 objets en os dont un grand nombre d’épingles, 3 fragments de verrerie, 6 éléments d’architecture et surtout une abondante production céramique, très diversifiée. Enfin, au sommet d’un mur arasé, on a placé la tombe d’un enfant de 2 ans. Son isolement, tant par rapport aux structures romaines que par rapport à celles de l’époque carolingienne, en font le prototype de la sépulture isolée.
Epoque mérovingienne: Sur les restes du bâtiment du Bas-Empire, une épaisse couche d’abandon a livré des restes de poutres calcinées et des fragments de torchis. Entre l’église du haut Moyen Age et l’arasement opéré, on a trouvé du matériel de travail de l’os et du bois de cervidé, quelques céramiques et une fosse contenant du matériel du 6e siècle. Aucun véritable niveau mérovingien n’a cependant été découvert: ni trou de poteau, ni maçonnerie, en positif comme en négatif. Du 5e siècle au 9e siècle, le site de la place Saint-Pierre se caractérise donc par un vide archéologique remarquable, posant le problème de la continuité de l’occupation urbaine à cet endroit.
C.
Epoque carolingienne: Trois bases de murs, construits sur les remblais tardo-romains matérialisent l’existence d’un édifice au haut Moyen Age. Des tronçons ont été repérés, certains contre la façade extérieure du grand bâtiment romain (0,70 et 1,90 m de long, cotés M14 et M15), un autre, parallèle aux premiers vers le sud-est, sous le départ de l’abside de l’église du bas Moyen Age. (ca 3 m, coté M16). Les retours latéraux des murs de cet édifice n’ont pas été retrouvés; peut-être ont-ils été noyés par la construction de l’édifice suivant, dont l’orientation coïncide parfaitement avec les fragments de murs mis au jour. Les dimensions de ces deux murs, leur facture et leur parallélisme remarquable, contrastant avec l’orientation du bâtiment romain, permettent de penser qu’ils faisaient partie d’un seul édifice, d’une longueur hors-tout estimée à 15,80 m et d’une largeur maximale de 7,60 m, conditionnant une superficie de 120 m². Le matériel archéologique découvert est rare. Il se compose de 9 fragments de céramique carolingienne, quelques objets métalliques et en pierre difficilement datables, 3 perles et fusaïoles et des fragments de verrerie romaine résiduelle. Surtout, on a mis au jour un riche matériel en os et bois d’animal -59 pièces- témoignant de ce type d’artisanat à cet endroit de la ville carolingienne. D’après la datation des objets découverts, on peut postuler une fondation de l’édifice à partir de la fin du 9e siècle, jusqu’au 11e siècle. Enfin, probablement au début du 12e siècle, la première église Saint-Pierre est détruite et on bâtit un édifice d’alignement identique, mais constitué de 3 nefs et d’un chœur polygonal.
A l’extérieur de l’édifice, plusieurs tombes ont été découvertes, qui confirment la fonction religieuse du bâtiment entouré. L’absence d’inhumation dans l’édifice pourrait par ailleurs constituer un indice chronologique, dans la mesure ou l’interdiction d’enterrer ad sanctos est caractéristique des dispositions conciliaires de la période carolingienne. Sous le parvis de l’église, 5 tombes ont pu être datées des 10e au 11e siècles. A l’intérieur de l’enclos funéraire, autour de l’édifice, 17 sépultures contemporaines ont pu être identifiées, parmi lesquelles un grand nombre d’enfants. Une grande majorité de ces ensevelissements ont été pratiqués en pleine terre (14) parfois avec calage sommaire (5); on trouve également 1 cercueil de bois, 3 caveaux coffrés et 1 caveau enduit. Enfin, ces tombes suivent généralement l’orientation de l’édifice carolingien ou sa perpendiculaire. On n’enterra dans l’édifice qu’après sa reconstruction au début du 12e siècle.
D.
Brulet et Verslype 1999
Cet ouvrage remplace évidemment tous les comptes-rendus de fouilles parus antérieurement dans les CAW sur le même sujet.
TY 7: Quai du Marché-aux-Poissons
A.
Localisation et dates: Plusieurs sondages menés sur les rives de l’Escaut entre 1995 et 1999, dans le cadre de la pose de canalisations à grande profondeur.
B.
Haut-Empire / Bas-Empire: Abondant matériel du Bas-Empire découvert dans le tamisage de terres (27 m3) extraites du Quai du Marché-aux-Poissons, parmi lesquelles de la céramique, des monnaies, une balance, etc.
B-C.
Epoque mérovingienne - Epoque carolingienne: Quelques objets des périodes mérovingienne et carolingienne ont été découverts, jetés ou perdus dans le lit ou en bordure du fleuve quai Marché-aux-Poissons. On y trouve, outre un abondant matériel gallo-romain, l’extrémité d’une gaffe d’accostage, un fléau de balance et crochets, une bague-clé, des bracelets, de la céramique rhénane, un scramasaxe, une fibule ansée symétrique, etc. Ils témoignent d’une certaine forme d’activité à cet endroit de la ville, ou à tout le moins d’une fréquentation du rivage aux 7e et 8e siècles.
Par contre, les débarcadères présupposés du portus carolingien, desservant le quartier Saint-Pierre ne sont pas perceptibles dans les sondages réalisés. Le tracé du rivage est néanmoins décelable dans le parcellaire ancien et les plus vieux plans de Tournai, dont celui de Jacques de Deventer. Il ressort de ces analyses que l’Escaut décrivait anciennement une grande courbe à hauteur du Quai actuel, lequel devait donc se trouver plus à l’intérieur de la cité, à l’emplacement des îlots occupés par les premières habitations présentes aujourd’hui.
Surtout, on peut jauger aujourd’hui les différents niveaux d’occupation de la ville et du fleuve. Le niveau de l’Escaut, actuellement à 14,90 m d’altitude, est passé à environ 11,60 m au Haut-Empire à 13 ou 14 m au Bas-Empire et jusqu’au bas Moyen Age. Le lit du fleuve a lui davantage évolué: entre 8,50 m et 10,60 m à la fin de l’Antiquité, il est passé à environ 13 m au bas Moyen Age. Une conclusion s’impose donc: le tirant d’eau a considérablement diminué entre le Bas-Empire et la fin du haut Moyen Age, rendant plus difficile la navigation sur le fleuve.
Quant aux niveaux d’occupation de l’intra muros, rive gauche, il a été considérablement rehaussé depuis le début de notre ère: pour 11,20 à 12 m d’altitude au 1er siècle, il atteignait les cotes 13-14 au 3e siècle et n’évolua que très peu jusqu’au bas Moyen Age. Au 15e siècle, le niveau moyen d’occupation avoisinait les 14 m d’altitude. Au 20e siècle enfin, on atteint la cote 18! Les deux grandes périodes de remblaiement et de surévélavation sont donc les 2e et 3e siècles et surtout les Temps Modernes. Durant tout le Moyen Age, on a bâti à une altitude assez proche des niveaux romains; cela pourrait expliquer en partie le peu d’informations dont on dispose pour les périodes intermédiaires, mérovingienne et carolingienne.
D.
Brulet, Deckers et Verslype 2002; Verslype 1998; Verslype, Hennebert et Tilmant 2002.
TY 8: Rue des Puits l’Eau
A.
Localisation: Fouille préventive menée en avril 2002 à la Rue des Puits l’Eau, à la parcelle 136a.
B.
Haut-Empire / Bas-Empire: Deux phases de construction romaine ont pu être dégagées. Découverte entre autres de deux murs parallèles en moellons équarris, dont l’un a encore une hauteur de 1 m. Sol en béton rose. Cet ensemble pourrait dater du Haut-Empire.
B-C.
Epoque mérovingienne - Epoque carolingienne: Entre les structures romaines et les niveaux médiévaux se trouve un imposant remblai de terres noires, non daté par les archéologues.
D.
Deramaix et Sartiaux 2001.
TY 9 : Rue de l’Arbalète
A.
Localisation: Fouille menée en 1987 à la Rue de l’Arbalète, dans la cour intérieure d’une maison particulière, parcelle 321 b. Sondage d’étendue limitée (2,40 m sur 1,80 m) mais riche d’enseignements.
B.
Haut-Empire / Bas-Empire: Le sondage a permis la découverte à 2,90 m sous le niveau de sol actuel, d’un égoût orienté sud-est / nord-ouest, avec un canal de 0,30 m de large et profond de 0,30 m. Comblant et surmontant cette construction, plusieurs couches stratigraphiques ont livré un abondant matériel céramique gallo-romain, dont de la sigillée, des fragments de tuyaux et de tuiles, un col de cruche, etc.
Epoque mérovingienne: Nul matériel mérovingien n’est à signaler
C.
Epoque carolingienne: Entre –1m et –2,10 m, surmontant tous les niveaux romains et une concentration de grosses pierres, une épaisse couche de remblai a livré outre des individus gallo-romains résiduels un abondant matériel céramique médiéval, s’échelonnant du 9e au 13e siècles. Pour la période qui nous intéresse, il faut signaler la découverte de fragments de bords de pot globulaire à lèvre évasée, réalisés dans une pâte grise à dégraissant calcaire, cuits dans une atmosphère réductrice. Bien que de facture plus soignée, ces fragments présentent certaines similitudes avec le matériel contemporain -le 9e ou le 10e siècle- mis au jour à la Place de l’Evêché. Enfin, d’autres types de céramiques découverts dans la même couche ont été mis en relation avec des trouvailles d’Arras et de Petegem, et datés des 11e ou 12e siècle.
D.
Lavendhomme et Vilvorder 1988.
TY 10: Grand’-Place
A.
Localisation et dates: Trois fouilles de contrôle réalisées en 1997, en face de l’église Saint-Quentin, au centre de la Grand’Place et enfin au sud-est de celle-ci, dans le cadre d’une revitalisation urbanistique du centre ville, subsidiée par le fonds Objectif 1.
B.
Haut-Empire / Bas-Empire: Les plus anciens vestiges d’occupation de la place remontent à la fin du 1er siècle de notre ère. On a découvert notamment une tombe à incinération, qu’on peut associer avec la grande nécropole gallo-romaine de la Grand’-Place, mise au jour en 1916. Un long mur d’une vingtaine de mètres, construit au 2e siècle en face de l’actuelle Halle aux draps, témoigne de l’aménagement d’un espace -et donc peut-être d’un habitat- au Haut-Empire à cet endroit de la cité.
Epoque mérovingienne: Aucune découverte archéologique ne témoigne de l’occupation du site à la période mérovingienne.
C.
Epoque carolingienne: la partie fouillée au nord-est de la Grand’Place, en face de Saint-Quentin, n’a livré aucune structure archéologique, pas plus que du matériel céramique ou faunique; cela peut paraître paradoxal si l’on en croit la fonction commerciale du site au 10e siècle.
La découverte fondamentale se situe plus à l’est; il s’agit d’un édifice cultuel associé à un vaste cimetière, et dont les archéologues ont établi la construction entre la fin du 8e et le 10e siècles. L’édifice est construit en rupture de pente, à même le rocher, et est curieusement orienté nord-est / sud-ouest. Il est de plan mononef, à abside semi-circulaire et mesurait hors tout de 6,20 m à 6,50 m de largeur et vraisemblablement plus de 8 m de longueur. Les fondations sont plus larges au niveau de la nef (1,20 m) que sous l’abside (0,90 m). A l’extérieur de l’église, plusieurs tombes creusées en pleine terre et recouvertes de grandes dalles de calcaire semblent être contemporaines de la construction de l’édifice.
Vers le 11e siècle, l’église est agrandie; on y adjoint deux collatéraux, larges de 3,50 m et 3,20 m. Ils renferment alors chacun un caveau maçonné anthropomorphe, fermé de dalles plates: on interprète le tout comme étant deux chapelles funéraires privées. La nécropole autour de l’édifice se développe rapidement. 120 tombes ont été fouillées; elles possèdent en commun l’absence de mobilier funéraire - à l’exception de plaques de bronze trouvées dans quatre d’entre elles -, mais diffèrent par leur orientation et leur disposition spatiale, le type d’enfouissement et le traitement du corps. Un grand nombre d’enfants en bas âge ont été retrouvés le long des murs de la chapelle.
On hésite quant à la fonction et la titulature de l’église. L’hypothèse défendue par A. Henton est que la chapelle Saint-Quentin du forum mentionnée par Hériman de Tournai comme existant en 953 pourrait bien correspondre à l’édifice découvert sur la Grand'-Place. L’église Saint-Quentin actuelle n’est en effet pas antérieure au 12e siècle; cette date coïncide avec la destruction probable de la chapelle et la désaffectation du cimetière découvert en 1997: on aurait donc affaire à un déplacement des fonctions, en vue de libérer l’espace pour une large place de marché, telle qu’on la connaît encore à l’heure actuelle. Cet aménagement d’un forum est attesté en négatif: à la fin du 12e siècle, la chapelle est détruite, une partie de la colline est arasée et le tout est nivelé. Cette donnée permet de justifier la faible profondeur à laquelle se situent les vestiges découverts, ainsi que l’absence regrettable de niveaux de sol du haut Moyen Age.
D.
Henton 1998A; Henton 1998B.
TY 11: Eglise Saint-Quentin
A.
Localisationet dates: Fouille menée en 1960 par la S.N.F. sous l'église Saint-Quentin, avant d'entamer la rénovation de l'édifice. Quatorze tranchées dispersées sur toute la surface de l'église, mais les plus importantes sous la nef. Ces recherches complétaient les quelques sondages réalisés en 1942 par Paul Rolland.
Il serait utile de reprendre les documents des fouilles réalisées sous Saint-Quentin à la lumière de ce que l’on sait désormais pour le sanctuaire de la Grand’-Place. C'est que la partie relative au haut Moyen Age est relativement expéditive dans la publication de 1972.
B.
Haut-Empire / Bas-Empire: La fouille de 1960 révéla l'existence d'une nécropole gallo-romaine sous la nef de l'église Saint-Quentin. En tout, 10 tombes ont été dégagées, 4 à inhumations et 6 à incinérations. Le matériel récolté est pauvre, principalement de la céramique. Aucun édifice romain n'a été mis au jour sur le site.
Epoque mérovingienne: Voir ci-dessous
C.
Epoque carolingienne:
La chronologie du site est très problématique. Entre les tombes romaines tardives, de la fin du 4e siècle et la construction de l'abside de l'église romane, vraisemblablement au 11e siècle, il est pratiquement impossible de dater les structures découvertes. Par ailleurs, cette question n'a pas particulièrement retenu l'attention des fouilleurs plus préoccupés par la nécropole gallo-romaine, et le peu matériel du haut Moyen Age mis au jour n'a pas, à notre connaissance, fait l'objet d'un suivi particulier.
Que sait-on au juste? La nécropole romaine est abandonnée à une époque indéterminée. Une épaisse couche de terre noire recouvre alors le site, comme un peu partout en ville à la même époque.
Un fait intéressant est que cette couche, repérée de part et d'autre de la nef, suit la déclivité naturelle du terrain, légèrement en pente vers le nord-ouest. Cette donnée confirme le caractère non bâti du site, alors en dehors de l'enceinte de la fin du 3e siècle. Des traces d'activité ont néanmoins été repérées sous la forme de deux cavités circulaires (n°6 et n°24), remplies de terre noire, de bois pourri et de restes d'incendie. La trace n°6 (niveau -304) pourrait même avoir été un four, à en croire les fragments de céramique et les nombreux débris brûlés découverts.
Surtout, trois murs parallèles en pierre sèche, moellons et mortier grisâtre (n°25, n°32/33 et n°48/52), larges de 1,10 m à 0,80 m et apparemment de longueur identique ont été mis au jour dans la moitié orientale de la nef actuelle. Leur orientation, parfaitement équivalente à celle du chevet de l'église romane et de la façade de l'église actuelle, est le seul indice nous permettant de postuler à l'existence d'un édifice religieux. La datation de ces vestiges est cependant très aléatoire. Sans élément de référence, les fouilleurs n'ont osé à l'époque avancer aucune chronologie. Pour résoudre ce problème, deux solutions existent. La première est de dater les structures mêmes, par la méthode comparative, en les confrontant aux autres églises découvertes depuis à Tournai, sur base du type de maçonnerie et de mortier utilisé (comparer avec les églises Saint-Brice, Saint-Piat, Saint-Pierre, le sanctuaire de la Grand'-Place, le site de la cathédrale et la petite chapelle sous la fausse porte). La seconde possibilité est de recourir à la chronologie relative, en datant l'abside semi-circulaire qui recouvre tout le site. En attendant qu'une de ces deux pistes soit un jour mise à profit, force est de constater que dans l'emprise du bâtiment ainsi délimité, aucune tombe "tardive" n'est signalée. Par contre, à l'ouest, on trouve deux sépultures "tardives" à inhumation, l'une très profonde orientée nord-sud et recouverte de dalles (n°45, niveau -281) et l'autre orientée est-ouest (n°46, niveau -127), qui renfermait une poterie datée du 10e-11e siècle. A proximité immédiate, une tombe recoupant une sépulture romane est orientée dans l'axe de l'édifice actuel, en plein milieu de l'abside romane à une profondeur de -160 à -149. Aucune date n'est cependant avancée pour cette tombe qui pourrait avoir été privilégiée. Enfin, deux autres tombes sont recoupées par l'abside romane et sont donc antérieures à celle-ci, les n° 30 et 40. Cette dernière se caractérise par une fosse étroite, le squelette avec les bras le long du corps, des restes de fer et des clous qui pourraient attester de l'existence d'un cercueil en bois disparu. Toutes ces sépultures, établies en dehors du bâtiment, renforcent la thèse de la vocation religieuse de l'édifice précédant directement la construction de l'église romane. Faute de chronologie plus sûre, on se gardera cependant de discuter plus avant de la signification d'une telle implantation.
Une couche d'incendie (niveau -185 dans la tranchée I, niveau -125/153 dans la tranchée II) semble recouvrir les maçonneries du premier édifice et pourrait témoigner de la destruction violente de l'église pré-romane. Le matériel découvert dans celle-ci est qualifié de "tardif, post-romain", sans davantage de précisions. Faut-il lier cette destruction à l’action de l’évêque Fulcher qui, selon la tradition, aurait détruit l’église beati Quintini de foro en 953? Auquel cas il faudrait conclure que l’abside semi-circulaire qui surmonte le tout daterait de la seconde moitié du 10e siècle. Le peu d’éléments à notre disposition empêche de trancher en ce domaine.
D.