| L’influence néerlandaise sur le vocabulaire français. (Marjolein van den Berg) |
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Quand deux langues entrent en contact, elles ont une influence l’une sur l’autre. Sous l’influence d’une autre langue, il est possible qu’une langue va adopter certains traits de cette autre langue. Tous les éléments d’une langue peuvent être adoptés. Dans ce mémoire, je veux regarder des mots qu’on adopte d’une autre langue, des emprunts.
Le vocabulaire français consiste pour une partie d’emprunts. Le français a emprunté des mots provenant de langues diverses, les plus importantes sont le latin, le grec et l’anglais. Maintenant, l’influence de l’anglais est l’influence la plus importante sur le français. Le gouvernement français essaye de diminuer cette influence anglaise, entre autres en remplaçant des mots anglais par des mots français. Par exemple, en juin 2003, l’emprunt anglais email est remplacé par le mot français courriel par la Commission générale de terminologie et de néologie, une commission du ministère de Culture. La décision a été publiée dans le Journal officiel du 20 juin 2003. (www.culture.gouv.fr/culture/dglf/terminologie/courriel.htm). On essaye de substituer un mot en faisant une loi et en utilisant le mot dans la langue du gouvernement. Il n’est pas sûr qu’on réussisse à remplacer un mot. Les locuteurs d’une langue décident si un mot entre dans la langue ou pas.
Quand on parle d’emprunts, il faut qu’on se rende compte que tous les emprunts ne sont pas égaux. Il y a des facteurs divers qui sont importants quand on examine les emprunts.
La classe des mots est importante. Quelles sortes de mots sont empruntées? Seulement des noms, ou également des verbes? D’abord, on emprunte les noms. Quand le contact est plus intensif, on emprunte également les verbes, des adjectifs etc. Donc, quand on a emprunté des verbes, le contact a été plus intense que quand on n’a emprunté que des noms. Le deuxième facteur est le secteur des mots. Est-ce que les emprunts sont seulement des mots d’un secteur spécifique, par exemple la navigation, ou est-ce que les emprunts sont des mots des secteurs très différents? La période de l’emprunt joue également un rôle pour étudier l’intensité des contacts. Quand les emprunts datent de périodes très différents, le contact a été plus intense que quand les emprunts datent de une période spécifique. Le degré de contact est également important pour étudier l’emprunt.
Dans ce mémoire, je veux regarder les contacts entre la France et les Pays-Bas et les emprunts du néerlandais en français.
Il y avait un contact intensif entre le français et le néerlandais, parce que le français a eu beaucoup d’influence sur le néerlandais. Dans un registre de Elzinga de 1920 dans le livre de Salverda de Grave (1906), il y a 12.000 emprunts français dans le néerlandais. Quelques mots ont disparu, mais la plus grande partie est encore présente dans le vocabulaire du néerlandais (van der Sijs, 1996:146). A côté des mots, le néerlandais a également emprunté quelques caractéristiques phonétiques, comme le g français. Le contact entre deux langues n’est pas un contact unilatéral. Il est donc logique de penser que le néerlandais n’a pas seulement emprunté des mots au français, mais que le français a également emprunté des mots au néerlandais. Dans ce mémoire, je veux regarder l’influence néerlandaise sur le français, en particulier dans le domaine des emprunts. Je veux voir s’il y a des emprunts néerlandais en français. Je veux les classifier dans des périodes et des sections différentes. Enfin, je veux regarder les significations des mots. Je veux examiner le changement de sens aux emprunts néerlandais selon quelques possibilités, données par Michel Bréal (1925).
Les questions qui je veux traiter dans ce mémoire sont:
-Quelle a été l’influence néerlandaise sur le français dans le domaine du vocabulaire?
-Les emprunts néerlandais, ont-ils changé de signification?
-Quelles sont les changements de sens aux emprunts néerlandais et est-ce qu’il y a un trait commun à tous les emprunts néerlandais?
Dans le premier chapitre, je vais étudier l’emprunt en général. Je vais parler des contacts entre les langues et de l’adaption d’un emprunt. Dans le deuxième chapitre, je vais parler de la situation entre la France et les Pays-Bas. Je vais étudier l’histoire du français et l’histoire des relations entre les deux pays. Dans ce chapitre, je traiterai également des emprunts néerlandais en français. Dans le troisième chapitre, je parlerai des changements de sens. D’abord, je vais exposer la théorie de Michel Bréal sur les changements de sens, après, je vais traiter tous les emprunts néerlandais en français qui ont changé de sens.
1.1. Qu’est-ce que l’emprunt?
On peut diviser le vocabulaire d’une langue en deux parties: les mots d’héritage et les mots d’emprunt. Les mots d’héritage sont les mots qui sont dans une langue dès la naissance de cette langue. Les mots d’héritage sont souvent des mots pour les choses de tous les jours et de tous les temps, comme bras, manger et rire. Les mots d’emprunt sont surtout utilisés pour des choses nouvelles, mais c’est possible qu’une langue ait emprunté tant de mots que des mots de tous les jours sont des emprunts.
Il y a trois manières d’emprunter (v.d. Sijs, 1996:9):
L’emprunt de signification. Un mot qui existe déjà reçoit une nouvelle signification. Il est très difficile de reconnaître cette manière d’emprunter, parce que le mot est un mot hérité, mais avec la signification qui vient d’une langue étrangère. (Par exemple: le mot néerlandais familie signifie ‘famille’, qui se compose des grands-parents, les oncles, les nièces etc., tandisque le néerlandais a un autre mot pour désigner la famille qui se compose seulement les parents et les enfants: gezin. Sous l’influence du mot anglais familie, le mot néerlandais familie peut avoir la signification du mot gezin (Van der Sijs, 1996:9). Ce n’est pas sûr que la signification a changé sous l’influence de l’anglais, parce que les significations peuvent également changer sans l’influence d’une autre langue.
Le calque. Un mot étranger se traduit par des mots d’origine. Cette forme d’emprunter est souvent utilisée pour les compositions. Il est difficile de reconnaître cette forme d’emprunter aussi, parce que le mot ressemble à un mot hérité, mais c’est en fait la traduction d’un mot étranger. (par exemple: skyscraper – gratte-ciel).
Mot d’emprunt. Cette forme d’emprunter est la plus courante. Un mot est emprunté avec sa forme et sa signification. (par exemple: digue (du néerlandais dijk), ou abricot (de l’arabe al-barquq)
1.2. Le contact entre les langues
Quand deux peuples avec deux langues entrent en contact l’un avec l’autre, il y a contact entre les deux langues. La définition de contact de langue est: l’usage de plus d’une langue à la même place au même moment’ (Thomason, 2001). Souvent, un (ou tous) des locuteurs dans une situation de contact de langue essayent de parler l’autre langue. Dans cette situation, il est possible qu’un locuteur mélange des mots de l’autre langue dans sa langue. Quand le contact entre deux langues est intensif on emprunte plus de mots et peut-être des éléments de la structure. En dessous se trouve une division en quatre stades de contact.
Le contact sporadique. Les locuteurs de la langue qui emprunte ne parlent pas la langue étrangère couramment. Il y a peu de bilingues parmi les locuteurs de la langue qui emprunte. C’est possible que les langues empruntent des mots l’un à l’autre également. On emprunte surtout des substantifs. On n’emprunte pas le vocabulaire de base, seulement des mots pour nommer des choses nouvelles. Souvent, ces choses sont liées à une nouvelle culture, la culture du peuple qui parle l’autre langue. Par exemple, le français a emprunté des mots mathématiques à l’arabe, comme zéro et algèbre. Quand on a emprunté ces mots, les Arabes étaient très avancés dans ce domaine, donc le français a emprunté ces mots, malgré le fait que le contact n’a pas été très intense. Dans ce stade on n’emprunte pas de la structure, comme la syntaxe ou la phonétique.
Le contact régulier. Les emprunteurs sont plus ou moins bilingues, mais probablement une minorité des locuteurs de la langue qui emprunte des mots. On n’emprunte pas de vocabulaire de base, donc des mots comme jambe, tomber ou marcher, ce sont des mots qui existent dans toutes les langues. On emprunte à coté des substantifs également des conjonctions et des particules. On peut emprunter des caractéristiques structurelles, mais très peu.
Le contact fréquent. Il y a plus de bilingues. L’emprunt est stimulé par les attitudes et des facteurs sociaux. La langue qui prête est par exemple très prestigieuse ou c’est la langue de la religion officielle. On emprunte beaucoup de mots. Dans ce stade, on emprunte du vocabulaire de base tandis que dans le stade deux, ce n’est pas encore le cas. On peut aussi emprunter des nombres etc. et des affixes. Il semble que dans le premier stade, on emprunte également des nombres (zéro), mais ce n’est pas vrai, parce que le concept zéro n’existait pas en français. En ce cas, ce n’est pas seulement un mot, mais un mot pour une idée nouvelle, comme au stade un. Dans le stade un, on emprunte donc seulement des mots pour des choses nouvelles. Dans le troisième stade, par contre on emprunte des mots pour des choses connues. On a déjà un mot pour cette chose, mais on remplace ce mot par un mot étranger. Les affixes peuvent également être ajoutés aux mots d’héritage. On emprunte des phonèmes, ou on perd des phonèmes. En français, on a emprunté les phonèmes w et h aspirée aux langues germaniques. Ce sont des phonèmes qui n’existaient pas en français quand le français se formait (pour la formation de la langue française, voir le chapitre 2.1). On peut emprunter des caractéristiques syntaxiques, comme l’ordre des mots. Sous l’influence de la langue des Francs, l’ordre des mots en français a changé. Dans les langues germaniques, le déterminant précède toujours le déterminé, au contraire du français. Le français a emprunté ce caractéristique dans quelques cas. L’influence germanique devient claire dans des noms de lieux. Dans les régions franques, on peut voir des noms de lieux comme Neuville et dans le Midi, on trouve Villeneuve. (Pour l’influence franque sur le français, voir le chapitre 2.1).
Le contact intensif. Il y a un haut degré de bilinguisme. Tous les mots peuvent être empruntés. Dans la structure, on peut également emprunter toutes les caractéristiques, même si la conséquence est que la typologie d’une langue change.
Donc, un ou deux individus commencent à emprunter un mot, et ce mot pénètre dans la langue. La première personne qui emprunte n’est presque jamais connue. Il n’est pas nécessaire que les emprunteurs soient parfaitement bilingues: quelquefois, on emprunte des mots avec des articles, sans reconnaître ces articles. Il y a beaucoup d’exemples dans les emprunts arabes. Le mot al en arabe est un article, mais le français a beaucoup de mots d’origine arabe qui commencent avec a ou al, par exemple abricot ou algèbre. Ce sont des mots avec des articles, empruntés à l’arabe. Il y a de différents facteurs qui déterminent si un mot pénètre dans la langue: le prestige de la langue d’origine, le prestige et le standing des gens qui utilisent le mot et la fréquence d’usage.
1.3. L’intensité des contacts
Quand une langue a emprunté des mots à une autre langue, ce n’est pas la preuve que les langues ont été en contact étroitement. L’intensité des contacts peut être déterminée par l’espèce des mots qui sont empruntés et le développement des mots empruntés. Quand on a emprunté seulement des mots techniques (des mots pour des concepts nouveaux), le contact n’a pas été très intense. Quand on a emprunté des mots pour des choses, actes et sentiments humains, le contact a été intense. La présence des affixes productifs est une autre indication pour un contact intensif. Quand on emprunte un affixe, on emprunte d’abord des mots avec un affixe. Après, on reconnaît ces affixes comme affixe, et ensuite, on applique cet affixe aux mots d’héritage.
1.4. Les manières d’emprunter
Les manières d’emprunter un mot peuvent être différentes: on peut emprunter un mot oralement ou par écrit. La façon d’emprunter a des conséquences pour l’orthographe et la prononciation d’un mot. Quand on a emprunté le mot oralement, on a emprunté le son. Le son peut être différent de l’orthographe dans la langue d’origine, donc l’orthographe change. Quand on emprunte un mot par écrit, le son du mot peut changer, parce qu’on prononce un mot comme ce mot s’écrit. Cela peut être différent que dans la langue d’origine. Il y a des emprunts français en néerlandais qui sont emprunté d’un façon différente dans le nord (dans les Pays-Bas) et dans le sud (en Flandre). Dans le nord, les mots comme annonce et contrôle sont emprunté par écrit, parce qu’on prononce le ‘e’ final. En français, on ne prononce pas ce ‘e’. En Flandre, on a emprunté ces mots oralement, parce qu’on ne prononce pas ce ‘e’.
On peut emprunter un mot directement ou indirectement d’une langue. Un mot peut être emprunté plusieurs fois, des langues différentes dans la même forme, ou plusieurs fois de la même langue. En néerlandais, on a d’abord emprunté le mot biscuit du français. Ce mot s’est transformé en beschuit. Plus tard, le néerlandais a emprunté le mot biscuit de nouveau, et ce mot est resté biscuit. On a changé l’orthographie, on peut également écrire biskwie, mais la prononciation n’a pas changé.
1.5. Les facteurs qui (dé)favorisent l’emprunt
On emprunte des mots, quand deux langues viennent en contact. Il y a des situations différentes qui stimulent l’emprunt: quand il y a des liens politiques, on peut emprunter des mots, on les prend surtout de la langue dominante. La religion constitue un lien important. Quand on propage sa foi, ou quand on vient en contact avec d’autres religions, on emprunte souvent des mots. C’est pourquoi le français a emprunté beaucoup de mots au latin, parce que le latin est la langue de l’église catholique, la religion officielle de la France. La supériorité culturelle d’un autre pouvoir est favorable à l’emprunt aussi, tout comme des contacts amicaux entre des armées. Le français a emprunté beaucoup de mots à l’italien qui sont en rapport avec l’armée, parce qu’il y avait des liens amicaux entre la France et l’Italie. Au contraire, le contact avec une autre langue pendant une guerre produit peu d’emprunts. C’est que la population s’oppose souvent à l’oppresseur et refuse de parler sa langue. L’influence d’une guerre dépend aussi de la durée: si une guerre est courte, la langue de l’ennemi n’a pas d’influence, mais si une guerre et une occupation durent longtemps, la langue peut subir l’influence de la langue des envahisseurs. Un exemple est la langue des Francs et le latin qui ont eu beaucoup d’influence sur le français. L’influence du français sur la langue anglaise en Angleterre est un autre exemple. Cela devient clair quand on regarde les deux grandes guerres de la 20ième siècle. Surtout dans la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne a occupé une grande partie de la France, mais il y a peu d’emprunts allemands datant de cette période. Le français a emprunté 524 mots à l’allemand. De ces mots, seulement huit ont été empruntés pendant la Grande Guerre de 1914-1918. Un ou deux de ces mots sont directement liés à la guerre. Pendant la deuxième guerre mondiale, le français a emprunté treize mots à l’allemand. Environ la moitié de ces mots (six) est directement liée à la guerre.
Ce qui est important aussi est la durée et l’intensité des contacts.
1.6. Les raisons d’emprunter
Il y a des raisons différentes pour emprunter, je donne quelques raisons ci-dessous:
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il y a une nouvelle chose |
Le mot polder est emprunté au néerlandais, quand le polder est venu. Le français n’avait pas un mot pour un polder, donc on a emprunté le mot néerlandais. |
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un emprunt est international |
Les mots restaurant ou autobus ont été empruntés au français par beaucoup de langues. |
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un emprunt est uniforme |
Dans les langues des métiers, on trouve beaucoup d’emprunts, parce que les mots signifient la même chose dans toutes les langues. On trouve par exemple dans la langue des médecins beaucoup d’emprunts latin. Cela veut dire qu’il y a une langue qui est dominante dans ce métier. |
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un emprunt est utilisé dans un jargon |
Un emprunt peut être plus précis. Le mot néerlandais tube est une sorte de tuyau dans le jargon des plombiers. Ces mots sont souvent internationaux. Il y a une relation avec la raison précédente. |
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un emprunt a plus de standing que le mot hérité |
En néerlandais, une personne qu’on appelle adviseur (un conseiller), se nomme souvent un consultant, parce que le mot anglais a plus de standing. |
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un emprunt est utilisé comme euphémisme |
Le néerlandais a emprunté le mot français toilet pour plee.Toilet est le mot plus chique. |
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il y a une petite différence de signification |
En néerlandais, une sorte de tomate italienne est nommée une pomodoro. Il y a donc une petite différence de signification. Il est remarquable que cette différence n’existe pas en italien: une pomodoro en italien est une tomate. |
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un emprunt est plus sommaire |
Pour cette raison, le néerlandais a emprunté beaucoup de mots au français, par exemple memoriseren (mémoriser) pour van buiten leren (mémoriser). |
On peut diviser ces raisons en deux sortes de causes: la nécessité pratique, ce sont les emprunts nécessaires, et les raisons de cœur, ce sont les emprunts de luxe. Quand il y a un nouveau concept, et on emprunte un mot pour exprimer ce concept, c’est un emprunt nécessaire. C’est par exemple le cas avec le mot abricot. C’était un nouveau fruit, et on avait besoin d’un nom pour ce fruit. On a donc emprunté le nom original, ou le nom donné par les marchands au nouveau produit. Quand il y a déjà un mot dans la langue pour un concept, et on en emprunte un autre, c’est un emprunt de luxe. Le français a emprunté le mot beggen pour former bégayer, mais il est logique de penser que le français avait déjà un mot pour bégayer, parce que ce n’est pas un concept nouveau.
1.7. Un mot s’adapte
Quand on a emprunté un mot, ce mot s’adapte à la langue qui emprunte le mot. Il y a quatre stades d’adaptation (v.d. Sijs, 1996:10-12)
Un mot n’est utilisé que par certains groupes de gens, par exemple des hommes de science. Ce mot n’est utilisé que dans un contexte spécial. On distingue ces mots des mots normaux dans les textes par l’utilisation de l’italique ou des guillemets. L’orthographe des mots n’est pas encore fixe. Au fond, c’est encore un mot étranger. Dans «le Figaro» de seize septembre 2003, il y a quelques exemples: Dans un article qui traite de l’élection du gouverneur de Buenos Aires en Argentine, l’auteur de l’article parle de <jefe de gobierno> pour designer cette élection. Dans un autre article qui traite un procès judiciaire en Maroc, l’auteur utilise le mot <takfiriste>. Il donne la traduction entre parenthèses: Doctrine islamiste radicale invitant ses adeptes à se fondre dans les sociétés <apostates> où ils veulent porter la guerre sainte. (Les deux articles se trouvent à la page 3). On ne sait pas encore si ces mots deviendront des mots français ou pas.
Dans le deuxième stade, il y a plus de groupes de gens qui utilisent le mot. On peut utiliser un adjectif devant ce mot. Le mot est devenu un mot d’emprunt, mais les gens considèrent le mot encore comme un mot étranger (par exemple, boomerang et geyser)
Dans ce stade, un mot s’intègre et s’adapte à la langue. C’est un mot hybride. Un mot hybride est un mot qu’on considère comme français, mais on sait que le mot n’est pas d’origine française. Dans ce stade, il y a beaucoup de mots anglais, comme Internet, mail et dandy. Il y a d’autres mots qui se trouvent dans ce stade, comme pogrom et kangourou.
Dans le dernier stade, un mot est intégré, et on ne le reconnaît plus comme un mot d’emprunt. Le mot est adapté dans tous les domaines. Dans ce stade, il y a beaucoup de mots d’origine néerlandaise, comme boulevard, bière et bouquin. Dans le chapitre 1.8, je décrirai l’adaption d’un mot dans plus de détails.
Il n’est pas nécessaire pour un mot de franchir tous les stades. Il est possible qu’un mot reste au stade un ou deux, ou qu’un mot omette un ou deux stades. Cela peut se passer quand un mot ressemble déjà à un mot français.
Quand un mot est encore considéré comme un mot étranger, on l’appelle un pérégrinisme ou un xénisme, et les mots qui sont naturalisés (donc le quatrième stade) sont des emprunts proprement dits. Dans cette mémoire, un emprunt est chaque mot qui est d’origine un mot d’une autre langue, quel que soit le stade d’adaption au français.
1.8. L’adaption d’un mot
Quand un mot entre dans la langue, il s’adapte. D’abord, le substantif reçoit un article. Le plus souvent, le mot reçoit un nouvel article, le genre du mot dans la langue d’origine n’est pas important. Il n’est pas clair pourquoi un mot reçoit un certain article. Les locuteurs d’une langue sont normalement d’accord sur le choix de l’article. Tous les mots d’origine néerlandaise dans mon corpus ont reçu un article et ce ne sont pas les mêmes articles qu’en néerlandais. Bolwerck est un mot neutre en néerlandais, et boulevard est devenu un mot masculin. Bier est un mot neutre en néerlandais, et le mot français, bière est un mot féminin. Ce sont donc deux mots qui avaient le même genre en néerlandais, mais ils ont eu un genre différent en français.
La prononciation change aussi. Il y a trois manières de prononcer un emprunt:
-La prononciation étymologique: on tente approcher la prononciation dans la langue d’origine, mais avec les sons de sa propre langue. L’emprunt goal se prononce en néerlandais donc comme [gool]. Le g est pris de l’anglais et du français, mais s’utilise maintenant en néerlandais, c’est donc le son qui ressemble le plus le son anglais. Le son anglais [oa] n’existe pas en néerlandais, et devient [oo], le son qui le ressemble le plus. Le l reste le même son.
-La prononciation adaptée: on prononce le mot avec les sons de sa propre langue, mais on n’essaie pas approcher des sons étrangers, comme avec la prononciation étymologique. L’emprunt goal se prononce comme [kool] avec cette adaption en néerlandais. Le g ne se prononce pas, mais on utilise un son d’origine néerlandaise qui le ressemble, donc [k]. Le reste de la prononciation est le même qu’au premier exemple.
-La prononciation d’orthographe: Chaque lettre qui est écrite se prononce. Avec cette adaption, goal se prononce comme [chool] en néerlandais. Le g écrit se prononce comme [ch] en néerlandais, le oa comme [oo] et le l comme [l]
Certains facteurs influencent la prononciation qu’on choisit, comme l’origine régionale, le niveau d’éducation, l’analogie avec d’autres mots, la fréquence d’usage d’un mot, la date d’entrée d’un mot, le jargon, la religion, l’âge et le contexte.
Après l’intégration d’un mot, il change comme les autres mots. Quand un mot est intégré, on peut utiliser l’emprunt pour faire des dérivés ou des compositions.
1.9. Dater un mot
Il n’est pas facile à savoir si un mot est un emprunt. La datation d’un emprunt est difficile aussi. Souvent, on regarde des lois phonétiques. Quand il y a un mot qui s’accorde à ces lois, on dit que c’est un mot hérité, mais ce n’est pas toujours vrai. Il y a des emprunts qui sont entrés dans la langue avant que cette loi phonétique soit appliquée. Un exemple: dans le 12ième siècle, il y avait un changement dans la phonétique française. Quand il y avait un s avant une consonne et après une voyelle, le s était supprimée. La voyelle était allongée. Cela se voit maintenant par l’accent dans la voyelle. Quand un mot commence avec un s, ce s est remplacé par un é. (scola → école, hostis → hôte). (http://perso.wanadoo.fr/christian.huber/bilinguismebisb.htm). Quelquefois, on peut dater un emprunt avec ces lois, mais la datation d’un mot est toujours par hasard. Il y a beaucoup de mots d’origine néerlandais qui ont subi cette loi phonétique, comme écran (d’origine scherm) et étape (d’origine stapel). Ce sont des emprunts qui suivent des lois phonétiques du français, et on ne peut pas les dater par ces lois. Il y a aussi des emprunts néerlandais qui n’ont pas suivi ces lois, comme stockfisch (devrait être étockfish) ou estompe (devrait être étompe). On peut essayer de dater ces mots par cette loi phonétique. On peut dire que stockfisch est entré dans la langue après cette loi phonétique. Estompe est, selon ce théorie, entré dans la langue pendant cette loi phonétique, mais n’a pas eu le temps de suivre le trajet entier.
C’est qu’un mot peut être entré dans la circulation longtemps avant la première utilisation écrite. Un autre facteur qui complique la reconnaissance et la datation d’un mot est le fait qu’un mot peut avoir disparu dans la langue d’origine. C’est le fait avec le mot néerlandais beggen (bavarder), la source du mot bégayer en français. Beggen n’existe plus en néerlandais moderne.
2.1. L’histoire du français
L’histoire du français commence avec le gaulois. Les Gaulois sont les peuples qui habitaient en France quand les Romains ont envahi le pays qui est maintenant la France. Le gaulois n’a pas eu beaucoup d’influence sur le français. C’est que nous avons peu de restes du gaulois. Les druides ont refusé d’écrire ce qu’ils savaient. En français moderne, il y a encore environ soixante-dix mots gaulois, comme bec, mouton et cloche (Walter, 1988: 36). Dans les noms de villes, il y a beaucoup de traces gauloises, comme Lyon, Nanterre, Carpentras et Verdun. Il y a une partie du pays ou l’influence gauloise a été moindre, c’est La Provence. La Provence a été latinisée bien avant le reste du pays, et avant les Romains étaient là, il y avait des colonies grecques. La période après les Gaulois a été beaucoup plus importante pour le développement du français, c’est l’occupation romaine. Une partie de la population du pays a commencé à parler la langue des oppresseurs, les Romains. Le latin a pénétré dans tous les plans: sur le plan économique, sociale, linguistique, sur la langue des routes, dans les noms de nouvelles villes, dans la structure politique et sociale et dans l’école. Surtout les nobles et les marchands parlaient le latin très vite. En 21 après J.-C., les fils de personnages importants de la Gaule ont envoyé leurs fils à une école romaine. (Walter, 1988: 35). Au 5ième siècle, on ne comprenait plus le latin. Nous le savons parce qu’on a trouvé une sorte de dictionnaire: le Glossaire de Vienne. Dans ce glossaire, il se trouve la traduction en latin de dix-sept noms de lieux ou des mots gaulois. D’autres facteurs qui ont favorisé le latin sont la naissance du christianisme, dont la langue est le latin. L’immigration de main d’œuvre est aussi un facteur important parce que dans ce groupe, la lingua franca est le latin. Quelques siècles plus tard, toute la population de la Gaule parlait donc le latin, mais ce n’était plus le latin de Tacite ou de Cicero.
Après l’occupation des Romains, il y a eu des invasions germaniques. Parmi les peuples qui ont envahis la Gaule, les Francs jouaient le rôle le plus important. Il y avait des contacts entre les Francs et les Gallo-romains déjà avant l’invasion, il y avait des Francs dans l’armée des Romains. Les Romains leur ont donné le droit d’occuper des domaines déserts, donc l’occupation franche n’était pas seulement une opération militaire, mais une opération de toute la population francique.
La
Gaule se divisait en trois parties en ce temps: la partie du nord, qui est
occupée par les Francs, la partie du sud, qui est occupée par les Wisigoths et
une partie à l’est du pays, qui est occupée par les Burgondes. Cette
tripartition devient claire dans cette carte (http://www.invino.ca/Oc-Oil.html).
Cette division a été très importante pour le développement du français. A cause
de la division de la Gaule, le
développement de la langue a été différent dans les régions différentes. Dans
le nord, on parlait la langue d’oïl (oui
était oïl dans ces dialectes). Dans le
sud, on parlait la langue d’oc (oui était
oc dans ces dialectes) et dans l’est, on
parlait des dialectes franco-provençaux. (Walter, 1988: 50). Ce n’était pas le
cas qu’il y avait seulement trois langues en Gaule en ce moment, on peut diviser
ces langues en beaucoup de dialectes.
Cette tripartition était probablement accomplie à la fin des invasions.
Dans le vocabulaire français, il y a environ 400 mots d’origine germanique. Environ la moitié de ces mots est antérieure à l’invasion. Cela veut dire que ces mots sont entrés dans la langue qui deviendra le français pendant la période que les Gaulois et les Francs ont eu des contacts amicaux pendant l’occupation romaine. Les mots francs se trouvent surtout dans le vocabulaire de la guerre, de la chasse et dans les mots d’usages et coutumes de l’aristocratie.
Dans le chapitre 1.2, j’ai déjà nommé deux exemples de l’influence germanique sur la prononciation française, le w et l’h aspirée. Les langues germaniques ont également influencé les voyelles. En français, la voyelle à la fin d’un mot ne se prononce pas, tandis que dans les autres langues romaines, on prononce la voyelle finale (par exemple, le mot latin tela (toile). En italien, c’est tela, en espagnol tela, en provençal telo en en français toile. Le français est la seule langue qui ne prononce pas la voyelle finale).
Entre autres sous l’influence germanique, le latin qu’on parlait en Gaule changeait. Quand Charlemagne était roi, on découvrait que la langue qu’on parlait n’était plus le latin mais une langue romane. Dans cette période, on écrivait les premiers dictionnaires entre la langue romane et le latin, les glossaires. Le premier monument de la langue française, les Serments de Strasbourg, date de 842. Dans ce document, deux petits-fils de Charlemagne, Louis le Germanique et Charles le Chauve jurent assistance et fidélité contre leur frère Lothaire. C’est un texte en langue romane et en langue germanique. Quelques années plus tôt, dans le concile de Tours, on a décidé que les sermons doivent être dans la langue du peuple, donc on a reconnu que la langue qu’on parlait n’était plus le latin. Depuis ce temps, on peut parler de la langue française. Les mots qui sont empruntés au latin depuis ce temps sont donc des emprunts. Les mots latins qui étaient dans la langue avant cette date ne sont pas des emprunts, mais simplement des mots d’origine française. Le mot loi est venu directement du latin et la langue romane dans le français. L’origine de ce mot est legem. Par des lois phonétiques, le mot est changé en loi. Plus tard, en 1365, le français a emprunté le mot legem au latin, en légal. Ce sont donc les mêmes mots, mais ils sont entrés dans la langue dans une période différente. Le mot loi est donc un mot d’origine française, le mot légal est un emprunt latin.
2.2 Les relations entre la France et les Pays-Bas
Le contact entre la France et les Pays-Bas est surtout situé dans le nord de la France. Il y a des secteurs différents dans lesquels les habitants des deux pays viennent en contact: entre la 11ième et la 13ième siècle surtout sur la mer, pendant la pêche dans la Manche et la mer du Nord et dans le commerce, dans les foires etcetera. Il y avait également des contacts entre des soldats français et des soldats néerlandais, parce qu’il y avait des soldats néerlandais dans l’armée française et parce qu’il y avait une guerre en Flandre. Le contact se trouve surtout dans le nord parce que la frontière linguistique se trouve dans le nord. La région qui est maintenant la Belgique n’a pas une autre langue, donc les deux langues sont des langues voisines.
Dans le 12ième et le début du 13ième siècle, l’ancien néerlandais était une langue importante en France. Les comtes, le clergé, la noblesse et la bourgeoisie utilisaient cette langue pour arranger les affaires les plus importantes (Valkhoff, 1931: 19). Dans la cour, il y avait de l’influence néerlandaise. Dans la cour du comte Arnaud II de Guines et d’Ardres, il y avait deux ménestrels qui parlaient le néerlandais. Il est probable qu’ils avaient un répertoire néerlandais (Valkhoff, 1931: 20).
Dans la période des Normands, il y avait probablement des contacts entre les deux pays. Les Normands avaient occupés la France et les Pays-Bas, donc il est probable qu’il y avait des contacts entre les Normands aux Pays-Bas et les Normands en France. Les Normands se sont mêlés à la population, et ils parlaient la langue de la population, donc il est probable qu’il y avait des contacts entre les deux langues.
Au 11ième siècle, la Flandre et le Brabant étaient surpeuplés, donc il y avait des gens qui émigraient vers le sud, vers la France. Beaucoup de ces émigrants étaient des mercenaires. Dans l’armée française, il y avait des régiments néerlandais.
Du point de vue commercial, les Pays-Bas étaient très importants. Grâce à sa position à coté de la mer, les Pays-Bas sont un pays de transit. Il y avait beaucoup de commerce entre les Pays-Bas et la France. La France a surtout importé du nord des poissons, des draps, des vêtements, des cuirs, du lin, des clous, des ‘gerbes’ de fer, du fromage et du beurre. La France a surtout exporté des vins, du miel, de la laine, du sel, de l’huile, des encens, du bois de teinture, des figues et des épices (Valkhoff, 1931: 22). Nous le savons grâce aux listes d’une poste de péage à Bapaume, entre Lille et Amiens. L’enquête a eu lieu en 1202. La poste de péage a été en place entre 1097 et 1634.
Dès le début du 14ième siècle, cette poste de péage perd de l’influence, parce que la navigation devient plus importante. En Flandre, des portes importantes se développent, comme Bruges et Anvers. Les villes hanséatiques comme Kampen, Zwolle, Deventer et Zutphen jouent un rôle important dans le trafic direct entre la Baltique et la France, qui était dominé par la Hanse. A cause de la hausse de la navigation aux Pays-Bas, des colonies néerlandaises se développaient dans beaucoup de ports, aussi en France, par exemple en Rouen, Dieppe et Bordeaux. Il y a de plus en plus navires hollandais dans les ports français. En 1566, on a compté 171 bateaux hollandais dans le Sont qui venaient directement de la France, deux années plus tard, il y en avait 221, une augmentation de 50 bateaux, presque 30%.
Au 15ième siècle, les ports flamands n’étaient plus que des entrepôts, ils étaient trop passifs, entre autre par la Guerre de cent ans (1337-1453). Le rôle des ports flamands n’était plus important, seulement le port d’Anvers reste un port important. Pendant la guerre de quatre-vingt ans (1568-1648), Anvers a perdu sa prospérité, parce que l’Escaut était fermé. La prospérité se déplace vers le nord. Au 16ième siècle, il y a plus de navires français aux Pays-Bas, surtout des Bretons dans les ports de Zélande.
L’industrie en Flandre est importante, surtout l’industrie drapière. Aux Pays-Bas, la brasserie se développe. La construction navale et l’exportation des produits d’agriculture sont également très importantes.
Henri IV (1553-1610) a utilisé des hydrauliciens néerlandaises pour drainer les marais de Picardie, de Poitou, de Saintonge, du Guyenne, de l’Auvergne et de la Provence. Il y avait donc des ingénieurs néerlandais, mais la main-d’œuvre était également d’origine néerlandaise, parce que les français ont refusé de travailler pour un étranger (Valkhoff, 1931: 30).
Henri IV n’était pas le seul homme d’état de contacter des Néerlandais pour des travaux spécialisés. Richelieu (1585–1642) a utilisé des agents néerlandais pour recruter des ouvriers et des techniciens pour la marine française. Ces ouvriers et ces techniciens étaient également des néerlandais. A cause de ces activités industrielles, il y avait de l’industrie néerlandaise en France. Il n’y avait pas seulement des ouvriers, mais avec ces ouvriers, des banques néerlandaises venaient également en France.
Au 17ième siècle, les Néerlandais ont obtenu un monopole du trafic des vins. En 1663, la plus grande partie de tout le commerce en France se fait par des vaisseaux néerlandais et par les Pays-Bas. A coté de ces vaisseaux néerlandais, il y avait encore quelques bateaux anglais. (Valkhoff, 1931: 31).
Colbert (1619-1683) a essayé d’affaiblir la position forte des Néerlandais. Cette tentative était même la raison pour une guerre avec les Pays-Bas, la guerre de Hollande, en 1672. (http://members.tripod.com/versailles4/id41.htm).
Il a envoyé des ingénieurs français aux Pays-Bas pour examiner l’économie hydraulique, pour être indépendant des ingénieurs néerlandais. Après la révocation de l’Edit de Nantes (l’Edit de Nantes, signé en 1598 a donné la liberté de foi aux protestants) en 1685, beaucoup de protestants néerlandais ont quitté la France. Cela ne veut pas dire que l’influence néerlandaise diminue, parce que leur place est prise par des catholiques néerlandais qui étaient poursuivis aux Pays-Bas. En ce temps, il y avait un cours de néerlandais au collège de Guyenne.
Après la paix d’Utrecht, en 1712, donc 40 ans après la guerre de Hollande, l’influence néerlandaise sur l’industrie reste, mais l’influence politique diminue. Après ce temps, l’influence anglaise est plus grande. Les colonies hollandaises se mélangent avec les français. Les néerlandais parlent plus le français qu’avant, donc l’influence linguistique diminue.
Que les néerlandais gardent une influence industrielle devient claire au 19ième siècle, quand on voit encore des industries néerlandaises en France, par exemple des diamantaires.
2.3. L’intensité des contacts
Il est difficile d’indiquer l’intensité des contacts. Il y a des facteurs différents qui sont importants. Quand on regarde les stades dans le chapitre 1.2, le contact entre le français et le néerlandais a été fréquent, parce que le français a emprunté un affixe au néerlandais. C’est l’affixe –quin. Le français a non seulement emprunté des mots pour des choses nouvelles, comme des bateaux (flûte), mais aussi quelques mots du vocabulaire de base, comme drôle. Le français a un lexique d’environ 60000 mots. 8600 de ces mots sont des emprunts, c’est donc 14% (www.cfaee.fr/cfaee/ctcjeunes12-2.pdf). Le français n’a pas emprunté beaucoup de mots au néerlandais, environ 208, cela veut dire environ 0,3 % du vocabulaire du français. Il y a des langues qui ont eu beaucoup plus d’influence sur le vocabulaire français, comme l’anglais (2451 mots, 4 %), le latin (10590 mots, 17 %), le grec (3785 mots, 6,3 %) ou l’italien (1153 mots, 2 %). De ces langues, le latin a une position spéciale, parce que le latin est le précurseur du français. Beaucoup de ces 10590 mots étaient déjà dans le français au début. Quand on regarde la quantité des mots empruntés, on dirait que le contact entre le néerlandais et le français n’a pas été intensif. Mais quand on regarde les secteurs de mots, on peut dire que le contact a été intensif. Le français a emprunté au néerlandais de mots du vocabulaire de base, comme blague, cancrelat et bégayer. Ce sont des mots pour des choses de tous les jours, des choses (ou des actions) qu’on trouve dans toutes les sociétés. Le fait que le français a emprunté ces mots au néerlandais veut dire que le contact a été fréquent. Un autre signe du contact fréquent est que le français a emprunté un affixe au néerlandais: -quin. Le suffixe est le suffixe néerlandais –kijn, ce qui est un diminutif. Un man est un homme, un mannekijn est un petit homme. En français, ce suffixe se trouve après des emprunts néerlandais, comme mannequin et bouquin, mais aussi après des mots non néerlandais, comme vilebrequin. Le suffixe est entré en français dans les emprunts, et après, les locuteurs français ont découvert que c’était un affixe, et ils ont appliqué cet affixe à d’autres mots, comme je l’ai expliqué dans le chapitre 1.3.
2.4. Les mots d’origine néerlandaise
Les premiers mots ont été empruntés au 12ième siècle, les derniers en 1952. On peut voir dans la figure qu’il y a une période dans laquelle on a emprunté beaucoup, c’est en 1601-1700. Dans la période 1501-1600, on a emprunté peu de mots, et depuis 1801 on n’a plus emprunté beaucoup de mots. Ces chiffres sont logiques. Dans le chapitre 2.2, il est devenu clair que les Néerlandais ont eu beaucoup d’influence, surtout au 17ième siècle, quand les Néerlandais avaient un monopole de presque toute la commerce. C’est dans cette période qu’on a emprunté le plus de mots. Après cette période, l’influence linguistique diminue, les colonies néerlandaises parlent de plus en plus le français. On peut voir cette tendance dans la figure. Après le 17ième siècle, le nombre d’emprunts diminue et au 19ième siècle, il y a moins d’emprunts que dans tous les siècles antérieurs.

Figure 1. Periode des emprunts.
La plupart des mots empruntés sont des noms: 164 des 208 mots sont des noms, comme matelot, boulevard et houlette, c´est 78,8%. 15,4% des mots sont des verbes, comme rager, bégayer et gribouiller. 4,8% sont des adjectifs (drôle, taquin), et il y a une interjection (ploc) et un adverbe locatif (vrac), c´est environ 0,5 %. Quand on regarde le secteur des emprunts, on voit qu’il y a beaucoup de mots dans le secteur navigation, comme flûte, bastaque et livarde. Dans ce secteur se trouvent également tous les noms de poissons, comme flétan et elbot. Le secteur de métier est grand aussi. Ce sont des mots comme action, cliver et pompe. C’est logique, parce que les néerlandais avaient beaucoup d’influence sur l’industrie, comme c’est décrit au chapitre 2.2. L’influence maritime était aussi très grande, parce que presque tous les exportations et importations étaient sous l’influence des Néerlandais. En grande partie, ces exportations sont transportées par la mer, dans des bateaux néerlandais.

Figure 2. Secteur des emprunts.
Après ces deux secteurs, le secteur autre est le plus grand. Ce sont des mots qui sont difficile à placer dans des secteurs différents, ou des secteurs qui se trouvent seulement un fois, comme le transport (coche) et la chimie (potasse). D’autres mots qui sont dans ce secteur sont blague, frelater et chatouiller. Un autre secteur grand est tous les jours. Ce sont des mots pour des choses normales. C’est logique de penser que toutes les langues ont des mots pour ces choses, mais quelquefois, des emprunts prennent la place des mots hérités. C’est un signe de l’intensité des contacts. Quand on emprunte des mots de tous les jours, le contact a été intensif. Quelques mots de tous les jours que le français a emprunté au néerlandais sont amarrer, bouquin et drôle. Les mots du secteur agriculture sont par exemple friche et vase. Les mots d’amusement sont cabaret et bastringue. Les mots de boissons que le français a emprunté au néerlandais sont surtout des boissons alcooliques, comme bière, brandevin et halbi. Dans le secteur du botanique, les mots d’origine néerlandaise sont par exemple palissandre et pamplemousse. L’influence dans ce secteur peut être expliquée par la dominance hollandaise à la mer. Les navigateurs hollandais naviguaient aux pays inconnus, et rentraient avec des plantes et animaux inconnus, qu’ils donnaient un nom. Les autres langues empruntaient ce nom. Il en est le même avec le secteur zoologie. Des animaux comme lingue et loris viennent des pays lointain. Le français a également emprunté beaucoup de mots pour des vermines, comme mite et cancrelat. C’est peut-être parce que ces animaux se trouvent beaucoup dans des bateaux.
Les caractéristiques sont des mots pour nommer des choses anormales des êtres humaines, comme bégayer et lippe. Ce sont souvent également des mots de tous les jours. Les mots de construction sont drève, berme et risberme. Ce sont donc des termes pour la construction des routes. Les mots pour l’économie hydraulique sont par exemple polder, digue et rigole. Dans le secteur militaire, le français a emprunté par exemple blocus, boulevard et halecret. Quelques mots ont changé de signification, comme boulevard, qui est dans le sens actuel peut-être mieux placé dans le secteur construction que dans le secteur militaire.
Le dernier secteur à traiter est le secteur de la nourriture. Dans ce secteur se trouve la nourriture typiquement néerlandaise, comme spéculoos, à côté d’autres mots, comme couque. Il est logique de penser que beaucoup de ce mots ont été amenés par des immigrants néerlandais en France, par exemple par les habitants des colonies néerlandais en France (voir la chapitre 2.2) ou par des marins néerlandais.
De tous les 208 mots, 81 ont subi un changement de sens, c’est donc presque 39 %. La plupart des mots ont donc toujours la même signification qu’ils avaient au néerlandais. Cette signification est parfois restée la même pendant 700 ou 800 ans. Par exemple le mot polder a encore la même signification, et la première fois que ce mot est trouvé est en 1269. Il en est le même avec le mot botte, qui se trouve déjà en 1175. Je parlerai plus des changements des sens dans le chapitre suivant.
3.1. La théorie de Michel Bréal
Il y a environ un siècle que l’essai de sémantique de Michel Bréal a paru. Dans ce livre, il décrit entre autres comment les significations des mots changent au cours du temps.
Selon lui, il y a dans la linguistique des lois différentes. Une loi n’est pas une chose fixe, ce n’est pas quelque chose qu’on décrit avant le phénomène a lieu, mais c’est le rapport constant qui se laisse découvrir dans une série de phénomènes (Bréal, 1925: 9).
Il y a une loi de spécialité. Cette loi veut dire que dans toutes les langues, il y a une tendance à la direction de mots séparés. Une langue avec beaucoup de cas n’utilisera plus de prépositions que sont nécessaire. C'est-à-dire, quand une langue peut exprimer des choses avec deux mots simples, ou un mot compliqué (par exemple avec un cas), une langue choisit l’option avec deux mots. L’autre option ne s’utilise plus. Un exemple: en latin, le locatif a disparu, et on a utilisé des prépositions pour cette fonction.
Une autre loi est la loi de répartitions. Cette loi dit qu’il n’y a pas deux mots avec des significations qui sont exactement les mêmes. Les synonymes n’existent donc pas. S’il y a deux mots avec la même signification, l’un des mots disparaîtra ou les significations changeront. Cela devient clair dans les dialectes. Quand un mot de la langue officielle entre dans un dialecte, le mot dialectal change souvent de signification. En savoyard, les mots pour père et mère étaient pâré et mâré. Après l’introduction de père et mère, les mots dialectaux ne s’utilisent que pour des pères et des mères des animaux.
La troisième loi qui est traitée par Bréal est la survivance des flexions. Quand une flexion ou une déclinaison disparaît, il en reste une trace dans la langue. Le génitif a disparu en français, mais en quelques expressions, il reste encore une trace du génitif, comme en l’hôtel-dieu. En français moderne, cette expression doit être l’hôtel de Dieu, mais à cause de la suppression du de, il devient clair qu’il y avait un génitif.
La loi suivante est que la langue demande l’analogie. En ancien grec, il y avait deux formes de l’aoriste, dans une des deux formes il se trouve la plupart des mots, parce que la langue ne veut pas qu’il y ait deux catégories pour la même fonction, donc dans l’autre catégorie, il n’y a pas de nouveaux mots.
Quand on applique ces lois, il y a quelques changements de sens.
L’affaiblissement. C’est une tendance à déguiser des idées fâcheuses. Cela a beaucoup à voir avec un euphémisme. Les mots sont affaiblis pour ne pas choquer. Quand quelqu’un ne dit pas la vérité, on ne dit pas qu’il ment, mais qu’il a une grande imagination. Cette expression a donc changé de sens, pour affaiblir ce qu’on dit. On veut donc affaiblir la signification en utilisant un mot qui est moins grave.
Le renforcement. Cette tendance est le contraire de la dernière. En moyen haut allemand, le mot Minne signifiait les affections de l’âme en façon générale. Plus tard, le mot est défendu parce que ce n’était immoral de dire ce mot, c’était contre les mœurs. La signification du mot a changé d’un mot général à un mot pour des choses immoral.
Le nivellement. En allemand, le mot Herr était un titre, seulement pour les nobles. Maintenant, le mot s’utilise comme monsieur en français. Donc, il n’y a plus de différence de classe, et d’abord, cette différence était présente. Les termes qui d’abord étaient utilisés pour les choses cérémoniales et la cour sont maintenant appliqués en toute la société.
La restriction du sens. Le sens d’un mot est restreint, quand il est trop large. On réduit le sens constamment, par le contexte etcetera, mais souvent, cela ne suffit pas. Il y a des termes généraux qui deviennent des termes spécialisés. Par exemple le mot species, qui signifiait l’espèce très généralement. Les droguistes l’ont utilisé pour désigner des ingrédients, et maintenant, nous connaissons le mot comme épices. Ce terme général est donc devenu un terme spécialisé.
L’élargissement du sens. Cette tendance est un mouvement en direction contraire de la dernière. La raison pour la restriction du sens est une raison intérieure, une raison de la langue. La raison pour l’élargissement du sens est une raison extérieure, c’est un résultat des événements de l’histoire. Un terme qui d’abord était restreint, un terme spécialisé devient un terme général. Un exemple de l’élargissement des sens est le mot espace. En latin, le mot spatium signifiait la carrière où courent les chars. C’est donc un mot spécialisé. Ce mot a plus tard eu la signification de l’espace. L’élargissement du sens se passe surtout dans les verbes. Quand on a utilisé un verbe un fois pour désigner quelque chose plus grand, il est facile de le faire une fois de plus. Par exemple, la signification du mot gagner était d’abord seulement obtenir la récolte agricultrice, mais plus tard c’est devenu tout ce qu’on obtient, même sans travailler.
La métaphore. Ici, un mot est utilisé pour quelque chose d’autre. Il y a quelques caractéristiques qui correspondent, mais pas toutes les caractéristiques. Un exemple est le mot chef, qui vient du latin caput (tête) qui signifie maintenant directeur.
L’épaississement. Un mot abstrait devient un nom d’un objet. Une ouverture était d’abord quelque chose d’abstrait. Maintenant, c’est quelque chose de concret dans la musique. C’est possible que le mot perde sa signification abstraite, mais il est également possible que le mot garde cette signification.
Quand le sens d’un mot change, il est possible qu’un mot a deux significations. C’est la polysémie. Un acte est utilisé dans le théâtre et dans la vie judiciaire. Dans les deux contextes, il a une signification différente. Quelquefois, il est clair que ce sont en fait deux mots, parce qu’ils se comporte différemment. En allemand, il y a un mot roth (rouge). Quand on utilise ce mot pour la couleur, le comparatif est röther, mais quand on l’utilise pour la couleur politique, on utilise le comparatif rother.
3.2. Les changements de sens dans les mots d’origine néerlandaise
Dans ce chapitre, je vais traiter les mots d’origine néerlandaise qui ont subi un changement de sens. Comme je l’ai dit dans le chapitre 2.4, environ 40%, 81, ont subi un changement de sens. Je vais les classer selon le système de Bréal (1925).
Les dates de la première apparence sont tirées du Grand Robert (2001) et de la Grande Larousse de la Langue française (1971). Quand les deux dictionnaires n’étaient pas d’accord sur la date, j’ai pris la date de la Larousse. Les sources sont également tirées de la Larousse (1971). La plupart des descriptions des changements de sens sont tirées du Robert, Dictionnaire historique de la langue française (1992). Les significations modernes sont tirées de la version électronique du Grand Robert de 1997. Quand je dis que le mot est décrit par Godefroy, cela veut dire que Godefroy a traité ce mot dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du 9ième au 15ième siècle de 1881-1902.
Quand je donne des dates, par exemples des dates de la première apparence, ou de changements de sens, ce sont des dates imprécises. On ne peut pas savoir quand un mot est utilisé pour la première fois, ou quand la signification a changé. Les dates sont souvent des dates de la première fois qu’un mot ou une signification est décrit, ou trouvé à l’écrit.
J’ai noté s’il y a des dérivés d’un mot d’origine néerlandaise, parce que quand il y a des dérivés d’un mot, cela dit quelque chose de l’adaption d’un mot. Quand un mot peut former des dérivés, un mot est adapté à la langue.
J’ai divisé les mots selon les catégories de Bréal, que j’ai traité dans le chapitre 3.1. J’ai ajouté une catégorie, quand un mot concret devient un mot abstrait. C’est l’inverse d’un épaississement. Dans la neuvième catégorie, inconnu, sont des mots qui ne conviennent pas aux autres catégories, ou quand il n’y a pas un changement de sens logique. La dernière catégorie est faite pour les mots qui ont subi plusieurs changements de sens. Ces mots sont indiqués en bas des catégories dans lesquelles ils correspondent.
l’affaiblissement du sens
Grommeler. Le mot date du 12ième siècle. Barbier nomme le mot dans son Miscellanea lexicographica de 1927-1950. Le mot source pour grommeler est grommen, ce qui signifie ‘gronder’. Le développement du mot est influencé par d’autres mots, comme grogner et gronder. Le sens actuelest ‘murmurer, exprimer du mécontentement, des protestations de manière indistincte, en parlant entre ses dents.’ Il y avait un affaiblissement du sens. Grommen en néerlandais est beaucoup plus négatif que grommeler en français. Il y a un dérivé: grommellement.
Gueux. Le mot date de 1452. On peut le trouver dans un livre de Barbier, son Miscellanea lexicographica de 1927-1950. Le mot source est guit, ce qui signifiait ‘fripon’. Au milieu du 15ième siècle, le mot signifiait ‘coquin’ et dès le 15ième siècle, la féminine du mot (gueuze) signifiait ‘femme de mauvaise vie’. En 1458, on trouve également la signification de ‘mendiant’. Au sens élargi, on peut trouver ‘personne pauvre’ (1545). Le mot est plus tard utilisé figurément: ‘pauvre, une variété de dentelle’ (1669), ‘étoffe sans valeur’ (1723). En 1851, on a trouvé la signification de ‘pot de grés dans lequel on plaçait des braises’. Maintenant, le Grand Robert donne comme signification: ‘personne qui vit d'aumônes, est réduit à mendier pour vivre’. Le sens du mot est affaibli. En néerlandais, un guit était quelqu’un qui est malice, tandis qu’en français, il est seulement pauvre. Il y a quelques dérivés: Gueusaille, gueusard, gueusement, gueuser et gueuserie.
Il y a un autre mot qui a subi un affaiblissement du sens: taquin. Comme taquin a également subi un renforcement de sens, ce mot ce trouve dans la catégorie dix, plusieurs changements.
Le renforcement du sens
Il y a deux renforcements du sens, dans maquereau et taquin, mais dans ces mots, il y a plusieurs changements du sens, donc ils sont décrit dans la catégorie dix, plusieurs changements.
Le nivellement du sens
Il n’y a pas de nivellements du sens dans le corpus.
La restriction du sens
Amarrer. Le mot date du 13ième siècle. On le trouve pour la première fois dans les Rôles d’Oleron. Le mot source pour ce mot est aanmaren, ce qui signifiait ‘lier, attacher’. Maintenant, la signification est ‘attacher, retenir (un bateau) avec une amarre’. Les marins hollandais ont amené ce mot en France. Le mot est toujours employé pour indiquer des actions qui ont à voir avec la marine. D’abord, amarrer signifiait ‘retenir (un bateau) immobile en l’attachant à un pont fixé’. Puis, au 15ième siècle, le mot signifiait ‘attacher quelque chose à bord d’un navire’. Depuis ce temps, il y a donc eu une restriction de sens. Le sens général ‘lier, attacher’ du néerlandais est devenu un sens spécifiquement maritime. Il y a des dérivés d’amarrer en français: amarre, amarrage, démarrer etcetera.
Aurique. Le mot date de 1788. La source pour ce mot est le mot oorig, ce qui signifie ‘en forme d’une oreille’. Maintenant, la signification est ‘voile qui a la forme d'un quadrilatère irrégulier et qui est fixée à un étai, à une draille ou une corne’. Le sens du mot est donc restreint à une forme qui se rapporte seulement à la forme des voiles.
Blague. Le mot date de 1721.Blague se trouve pour la première fois dans le Dictionnaire de chimie contenant la théorie et la pratique de cette science, son application à l’histoire naturelle et aux arts de Cadet de Gassicourt, écrit en 1803. Ce mot vient du mot néerlandais balg, ce qui signifie ‘enveloppe’. Quand on a emprunté le mot, la signification était ‘petit sac, tabac’. En 1809, on a ajouté la signification de ‘plaisanterie’, par la notion de ‘gonflé, boursouflé. Maintenant, blague signifie ‘petit sac, enveloppe servant à contenir du tabac (souple, à la différence de la tabatière)’. Il y a eu une restriction du sens du sens général de ‘sac’ en néerlandais à la signification restreint au tabac en français. Il y a des dérivés du mot: sans blague (1870), blaguer, blagueur, blagologie et blagomachie.
Blocus. Ce mot se trouve pour la première fois dans les Régestres de Liège, le mot date de 1376. Le mot source est blokhuis, ce qui signifie ‘blockhaus, maison de charpente’. Cette signification a été vivante au nord de la France aux 14ième et 15ième siècles. Après, en 1547, blocus signifiait barrage. Cette signification a resté jusqu’à aujourd’hui. Blocus signifie maintenant également ‘fortin empêchant les secours de parvenir à une place assiégée ou investissement d'une ville ou d'un port, d'un littoral, d'un pays entier, pour l'isoler, couper toutes ses communications avec l'extérieur.’ La signification est donc restreinte. D’une maison (de charpente), la signification est devenue un bâtiment pour la défense.
Bôme. Le mot date de 1793. Le mot est décrit pour la première fois dans l’Encyclopédie méthodique, de 1782-1832. La source pour ce mot est le mot boom, ce qui signifiait ‘mât’ dans la langue marine. Le sens actuelest ‘grand espar horizontal sur lequel sont enverguées les voiles auriques et triangulaires’. Il y a eu une restriction du sens. En néerlandais, le mot boom indiquait un mât en général, en français, l’utilisation du mot s’est spécialisée. Il y a un dérivé: bômer.
Brocanter. On a trouvé a broke (‘en détail’) en 1377 dans Chartres confisquées aux bonnes villes du Pays de Liège après la bataille d’Othée Le mot source pour brocanter est le mot néerlandais broc, ce qui signifie ‘morceau, fragment’. Il est possible que le suffixe –anter est ajouté sous influence de marchand. Le sens actuel est ‘vendre en détail. Le sens est restreint. En néerlandais, la signification n’était que ‘en détail’, mais maintenant, le mot est seulement utilisé dans la signification de ‘vendre en détail’. Les dérivés de brocanter sont brocanteur, brocanterie et brocantage.
Cabaret. Le mot date du fin 13ième siècle. Le mot source est cabret, ce qui signifiait ‘café’. Aux 13ième et 14ième siècles, le mot est seulement utilisé en picard et en wallon. Aux siècles suivantes, du 15ième au 17ième siècle, la signification était ‘lieu où l’on se réunit pour boire et jouer plutôt de manger’. Par l’introduction de café, son usage est limité. Le mot a eu le sens actuel au 19ième siècle: ‘établissement où l'on présente un spectacle satirique, musical, etc., et où les clients peuvent consommer des boissons, souper, danser’. Il y a eu une restriction du sens. D’abord, un cabaret était un café, ou on pouvait boire, danser etc. Maintenant, un cabaret n’est qu’une place pour présenter quelque chose. Il y a un dérivé: cabaretier.
Coche. On trouve le mot pour la première fois dans une texte de Charrière: négociations de la France dans le Levant (1848-1860). Le mot est plus vieux, il date de 1545. Ce mot vient du mot cogge, ce qui est une sorte de bateau. Le sens a un peu changé, parce que maintenant la signification est ‘grand chaland de rivière, halé par des chevaux, et qui servait au transport des voyageurs.’ Il y a eu une restriction du sens. La sorte de bateau est plus spécifiée qu’en néerlandais.
Dégringoler. Ce mot date de 1677. On le trouve pour la première fois dans un livre de Dassoucy, les avantures de M. d’Assouscy de 1677. Le mot source pour dégringoler est le mot néerlandais kringhelen, ce qui signifie ‘faire des courbes’. Le sens s’est concentré sur la chute. Maintenant, dégringoler signifie ‘chute par bonds successif, au lieu d’en ligne directe. Il y a donc eu une restriction du sens. De la signification général ‘faire des courbes’, la signification s’est restreint à seulement tomber en courbes. Il y a un dérivé de dégringoler: dégringolade.
Drome. Drome date de 1773. On trouve le mot pour la première fois dan le Manuel des marins, ou dictionnaire des termes de marine de Villehuet de 1773. Le mot source de drome est le mot néerlandais drom, ce qui signifiait ‘assemblage de charpente’. Maintenant, drome signifie ‘ensemble de diverses pièces de rechange (avirons, mâts, vergues...) disposées sur le pont d'un navire’. Il y a eu une restriction du sens. En néerlandais, le mot se rapporte à toutes les sortes de cordage, tandis qu’en français, le mot se rapporte seulement dans le plan de la marine.
Estoquer. Le mot date de 1170. Le mot source est le mot néerlandais stoken. Ce mot signifiait ‘blesser avec un objet pointu’. Le mot est déjà très vieux. Estoquer est lié à l’estoc, ce qui signifiait ‘le point de l’épée’ (15ième au 17ième siècle). C’était un emprunt de sens à l’ancien provençal estoc, ce qui signifiait ‘épée longue et droite’. Estoquer ne s’emploie plus depuis le 17ième siècle au sens de ‘frapper d’estoc’. Dans la course de taureaux, le terme estoquer est repris, pour ‘tuer le taureau’. Le sens actuel est ‘frapper de la pointe, frapper d'estoc, porter l'estocade à un taureau’. Surtout la dernière signification s’utilise toujours. Il y a eu une restriction du sens. En néerlandais, stoken signifiait ‘blesser avec un objet pointu’ en général, en français l’objet pointu est précisé (l’estoc), ou ce qu’on blesse est précisé (le taureau).
Etarquer. Le mot date de 1773. Bourdé de Villehuet était le premier écrivain à utiliser ce mot, dans son Manuel des marins, ou dictionnaire des termes de marine de 1773. Le mot source pour étarquer est sterken, ce qui signifiait ‘fixer’. Maintenant, étarquer signifie ‘hisser et tendre le plus possible’. Il y a eu une restriction du sens, d’un mot général à un terme de marine. Il y a un dérivé: étarque.
Frelater. Le mot date de 1513. On le trouve pour la première fois dans un livre de G. Cretin, ses