| Comment parler de «corrida» aux Pays-Bas? Des procédés de traduction visant à résoudre les problèmes particulièrement culturels de traduction de deux textes anti-corrida français en néerlandais. (Wendy van Mourik) |
| home | liste des thèses | contenu | précédent | suivant |
La corrida est un phénomène connu aux Pays-Bas. «Connu» signifie ici que les Néerlandais savent globalement ce que c’est, la corrida, mais ils penseront directement à l’Espagne. Certains d’entre eux y ont assisté une fois et pour la plupart de ce groupe c’était une fois et jamais plus! La connaissance du Néerlandais moyen ne va pas plus loin que cela. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que la corrida existe également dans le sud (-ouest) de la France et aussi au Portugal et en Amérique latine. Ce dont les Néerlandais ne se rendent pas compte non plus, c’est que la corrida est un «jeu» ou un «sport» où on torture et tue six taureaux chaque fois. Les adversaires diront que la corrida est cruelle, tandis que les amateurs les contrediront en disant que c’est beau. Les avis sont partagés et on peut en discuter, mais à notre avis l’important c’est que la plupart des gens, en particulier les touristes, ne savent pas bien ce que veut dire le mot corrida, car ils n’ont aucune idée de ce qui se passe hors des arènes. De plus, ils n’y réfléchissent pas tout naïvement, car pour eux la corrida est une tradition et un élément indispensable aux vacances en Espagne ou en France.
D’ici vient donc le besoin de traductions des textes français portant sur la corrida en néerlandais. La traduction d’un site Internet est très utile, car elle peut être lue partout dans le monde. De plus, le nombre de sites en néerlandais, officiellement ou avec une partie traduite, portant sur la corrida n’est pas si grand, donc la version néerlandaise du site du Collectif Anti-Corrida de Fréjus (CAC 83 Fréjus) que nous avons traduit ne sera pas superflue.
La traduction d’un texte français en néerlandais ne va normalement pas sans problèmes, mais dans ce cas-ci il s’agit de la traduction d’un sujet qu’on ne connaît pas bien. La traduction d’un sujet plus ou moins inconnu n’est pas facile du tout. D’abord, le traducteur entre dans un contexte étranger: le milieu tauromachique. En deuxième lieu, il rencontre au niveau textuel des expressions et des mots inconnus qui lui causeront des problèmes. Le site du CAC Fréjus mène le traducteur même dans le «milieu anti-taurin», ce qui n’est pas exactement la même chose que le milieu taurin, car les adversaires considèrent et décrivent la corrida autrement que les amateurs.
Nous venons donc de montrer le besoin de traductions en néerlandais sur la corrida, mais la question qu’on se pose alors est de savoir s’il est possible de traduire un phénomène relativement inconnu. La réponse sera affirmative, étant donné que le phénomène n’est pas complètement inconnu et que le vocabulaire de la langue cible comprend déjà quelques termes taurins, mais on se demande dans quelle mesure est-il difficile de le traduire et quels sont les problèmes qu’on rencontre. Dans ce mémoire, nous souhaitons montrer quels sont les procédés qui ont été appliqués pour résoudre les problèmes que les deux traducteurs ont rencontrés en traduisant. Nous distinguerons entre les procédés généraux et les procédés spécifiquement culturels (pour la traduction des realia). De cette façon, nous aurons également une bonne idée des problèmes de traduction dans une traduction en néerlandais d’un phénomène inconnu tel que la corrida. La question centrale de ce travail sera alors: est-ce qu’il existe une méthode ou des procédés qui tiennent compte des realia et qui permettent au traducteur de résoudre les problèmes typiquement culturels?
De plus, nous sommes intéressée par l’influence de la corrida sur le vocabulaire (taurin) en particulier dans le français et le néerlandais et là nous nous poserons la question de savoir quels sont les termes espagnols qui peuvent être empruntés et quels termes ont besoin d’une traduction (équivalence) en français et en néerlandais ou d’une explication ?
Le premier chapitre est consacré à la notion de traduction. Nous avons introduit quelques définitions pour définir la notion connue de tous dans le cadre de ce travail. Puis, nous parlons de l’historique de la traduction jusqu’au XXe siècle. Ce siècle nous mène ensuite à quelques théories modernes d’un nombre de scientifiques. Le deuxième chapitre est consacré à la notion de culture et montre la différence entre quelques termes. Ensuite, nous faisons une sorte de typologie de cultures à l’aide de la recherche de Geert Hofstede (1991) et nous utilisons cette typologie pour décrire ces différentes cultures selon quatre dimensions, également tirées de la recherche d’Hofstede. Dans la dernière partie de ce chapitre, nous prenons la France, l’Espagne et les Pays-Bas ensemble et nous les comparons un peu plus en détail sur la base des résultats des quatre dimensions décrites dans la partie précédente. Le troisième chapitre parlera des problèmes de traduction. Nous commencerons par quelques définitions pour introduire le sujet. Après, nous parlerons des problèmes linguistiques et culturels. Les problèmes au niveau culturel sont plus spécifiques à ce travail. Dans la troisième partie de ce chapitre, nous traiterons deuxauteurs et leurs stratégies : Vinay & Darbelnet & Van Willigen et Van Camp. Leurs stratégies seront appliquées dans le cinquième chapitre. Dans le quatrième chapitre la corrida sera traitée: l’historique à partir de l’Antiquité. Ensuite, nous parlerons de la corrida en Espagne à partir du XVe siècle jusqu’au XXe siècle, y compris le vote de la commune de Barcelone pour se déclarer ville anti-taurine en avril 2004. Après l’Espagne, nous parlerons de la corrida en France depuis le XVIIe siècle, avec entre autres la première loi de défense animale (1850) et l’«Action alinéa 3»: en 2004, on discute sur cet article qui détermine si la torture envers les animaux s’il agit d’une tradition reste autorisée ou non. Enfin, dans le dernier chapitre nous analyserons deux différentes traductions de français en néerlandais, la nôtre et celle de Jelger Bakker, sur la corrida en traitant les procédés de traduction de Vinay & Darbelnet et Van Willigen qui ont été appliqués dans les deux traductions. Nous consacrons une partie séparée aux procédés qui sont plutôt spécifiquement culturels. Finalement, nous rechercherons l’influence de la corrida sur le vocabulaire dans d’autres langues en prenant un certain nombre de termes espagnols et en étudiant les emprunts et traductions de ces termes dans six autres langues, dont le français et le néerlandais. Ces deux langues seront comparées plus en détail dans la dernière partie de ce chapitre.
Introduction
Dans ce premier chapitre de ce travail, nous commençons par définir la notion «traduction» qui est un de mots clés de ce mémoire. Nous ne parlons pas de la définition qu’on retrouve dans les dictionnaires, mais nous passons immédiatement aux définitions tirées des livres des linguistes ou scientifiques. Ensuite, nous étudions globalement les origines et le développement de la traduction jusqu’au XXe siècle pour avoir une idée plus complète de cette notion. Puis, nous traiterons quelques théories modernes de la traduction. Nous commencerons par une catégorisation générale de Mounin et ensuite par un classement de la «traductologie» d’après Holmes. Après ces deux théories ou catégorisations plutôt générales, nous étudierons Hönig & Kußmaul et Nord en ce qui concerne la didactique de la traduction et finalement nous parlerons de la critique de la traduction selon Reiß.
1.1. Qu’est-ce que la traduction? Quelques définitions
Nous savons tous globalement ce qu’on veut dire par «traduction» et «traduire».
Cependant, nous avons besoin de savoir ce que les linguistes entendent par «traduction»
La première définition que nous allons étudier est celle de Gideon Toury (1980 : 63):
Translation in the strict sense is the replacement of one message, encoded in one natural language, by an equivalent message, encoded in another language (cité par Reiß/Vermeer 1984 : 44).
Nous passons à une définition plus détaillée, celle d’Oettinger (1960 : 104). Il définit la «traduction» ainsi :
Translating may be defined as the process of transforming signs or representations into other signs or representations. If the originals have some significance, we generally require that their images also have the same significance, or, more realistically, as nearly the same significance as we can get. Keeping significance invariant is the central problem in translating between natural languages (cité par Van Leuven 1992 : 22).
Ici, la «traduction» est présentée comme un procédé de transformation de signes en d’autres signes. Cette définition est vraiment abstraite. Cependant, on mentionne également le problème central dans la traduction: «keeping significance invariant», ou bien veiller à ce que le sens reste pareil.
Enfin, une définition qui est générale mais moins abstraite que la précédente: Wilss (1977 : 72) parle de «Text» et non de «signs» contrairement à Oettinger :
Übersetzen ist (…) ein in sich gegliederter Vorgang, der zwei Hauptphasen umfaßt, eine Verstehensphase, in der der Übersetzer den ausgangssprachlichen Text auf seine Sinn- und Stilintention hin analysiert und eine sprachliche Rekonstruktionsphase, in der der Übersetzer den inhaltlich und stilistisch analysierten ausgangssprachlichen Text unter optimaler Berücksichtigung kommunikativer Äquivalenzgesichtspunkte reproduziert (cité par Van Leuven 1992 : 22).
En bref, la traduction est un procédé qui consiste en deux phases: une phase de compréhension du sens et style du texte et une phase de reconstruction où le contenu et le style seront reproduits dans la langue cible en tenant compte d’une certaine équivalence au niveau de la communication.
Après ces définitions dites «générales», nous parlerons de quelques définitions «spécialisées» qui parlent en même temps du rapport qu’elles ont avec la «culture».
Commençons d’abord par une définition brève:
Translation ist ein Informationsangebot in einer Zielkultur und deren Sprache über ein Informationsangebot aus einer Ausgangskultur und deren Sprache (Reiß/Vermeer 1984 : 105).
Deux ans plus tard, Hans Vermeer a adapté sa définition et celle-ci est plus détaillée:
Translation habe ich (…) definiert als ein Informationsangebot in einer Sprache z der Kultur Z, das ein Informationsangebot in einer Sprache a der Kultur A funktionsgerecht (!) imitiert. Das heißt ungefähr: Eine Translation ist nicht die Transkodierung von Wörtern oder Sätzen aus einer Sprache in eine andere, sondern eine komplexe Handlung, in der jemand unter neuen funktionalen und kulturellen und sprachlichen Bedingungen in einer neuen Situation über einen Text (Ausgangssachverhalt) berichtet, indem er ihn auch formal möglichst nachahmt (1986 : 33) .
Les premières phrases sont à peu près pareilles, mais dans la deuxième définition il s’agit également de la fonction du texte et de la traduction. Bornons-nous à dire que Vermeer adhère à la théorie de traduction qui est axée sur la fonction et le but (le «skopos[1]») de la traduction. De plus, il souligne que la traduction n’est pas une transformation simple d’une langue dans une autre, mais qu’elle est un travail complexe où il faut tenir compte d’une autre langue, culture et fonction et tout en respectant formellement le texte original. En somme, nous pouvons dire que cette définition comprend plusieurs caractéristiques.
Ensuite, nous étudierons une autre définition qui établit un lien avec la culture en disant que
Translation is one way of bringing two cultures into contact with each other. Since cultures differ, and to the extent that they differ, this contact will necessarily involve an integration of elements of one culture into another. The translator projects the source culture onto the target culture and finds that while there are areas where the two neatly match, there are also those where they do not match. This means that there are elements in the source culture that are absent from the target culture and the linguistic expressions for them in the source language are ‘lacunes’(Ivir : 137).
Ici, le but de la traduction est nettement montré, c’est-à-dire le but c’est d’intégrer des éléments spécifiquement culturels dans une autre culture. Le traducteur doit accomplir cette tâche extrêmement difficile.
Finalement, nous citons une définition étymologique donnée par Hillis Miller :
Translation : the word means, etymologically, «carried from one place to another», transported across the borders between one language and another, one country and another, one culture and another. This, of course, echoes the etymology of «metaphor». A translation is a species of extended metaphorical equivalent in another language of an «original» text (207).
Cette description semble simple, mais comprend en fait plusieurs éléments importants: le sens étymologique du mot expliquant en même temps ce que c’est que la traduction, c’est-à-dire: la traduction concerne non seulement deux langues, mais encore deux pays et donc deux cultures. De plus, on parle de la traduction étant une métaphore qui doit être adaptée à la culture cible.
Pour terminer cette partie, nous pouvons conclure que toutes ces définitions citées montrent que le concept «traduction» est très vaste et complexe. En outre, nous avons pu constater que la définition du mot «traduction» dépend du scientifique ou linguiste pour être plus précis, et de la théorie à laquelle il adhère. Maintenant, nous passons à l’historique de la traduction pour étudier globalement les débuts et le développement à travers les siècles.
1.2. L’historique de la traduction
De nos jours, l’anglais est la langue qui est souvent utilisée pour transmettre des messages d’une culture à une autre. Ainsi, on peut dire que l’anglais fonctionne comme «lingua franca», ce qui signifie que c’est une langue qui est «utilisée comme véhicule commun de communication par des gens de langues différentes»[2]. Cependant, dans l’Antiquité le latin vulgaire était la lingua franca des «milieux cultivés» en Europe jusqu’il y a trois siècles[3]. Dans cette partie, nous allons étudier le début et le développement (du besoin) de la traduction.
1.2.1. La traduction dans l’Antiquité et au Moyen Age
Dans l’Antiquité, on a parlé pour la première fois de «traduction» et on a également constaté que traduire n’est pas un processus facile: Cicéron a remarqué un siècle avant Jésus-Christ, en parlant de sa traduction Libellus de optimo genere oratorum[4], que le grand problème de traduction c’est le choix d’être fidèle aux mots du texte source ou d’être fidèle au contenu, ce qui signifie une traduction plus libre qu’on a appelé une belle infidèle. Il a opté pour la traduction libre dans laquelle il transmet le contenu et où il a maintenu les caractéristiques ; il a traduit non pas comme un traducteur (ut interpres), comme il l’a dit, mais comme un orateur (sed ut orator)[5]. Il ne trouvait pas nécessaire de remplacer tous les mots par de «nouveaux» mots. Le problème de la fidélité a été la question centrale pendant deux mille ans. Sa vision de la traduction était unique, non seulement à cette époque-là, mais encore de nos jours.
Le rôle de la traduction devient de plus en plus important, particulièrement grâce à la religion chrétienne qui se répandait rapidement. De plus, il y avait de plus en plus de textes latins littéraires qui avaient été traduits dans les langues romanes. Le premier texte littéraire français traduit est La Séquence de sainte Eulalie datant de 880/881[6], tandis que le premier texte écrit en «français» date de 842: Les Serments de Strasbourg[7]. Ce texte marque le début de la langue française, mais ce «français» n’est pas le français que nous connaissons actuellement: c’est l’ancêtre du français. Cependant, une description détaillée de l’évolution de la langue française dépasse le cadre de cette recherche; bornons-nous à l’importance et le développement de la traduction.
«Toledo» était la première école de traduction et a été fondée au XIIe siècle en Espagne. On traduisait déjà des textes latins, hébreux, grecs et arabes.
1.2.2. La traduction dans la Renaissance
Cependant, dans la Renaissance, on a adapté les critères d’une traduction: on parlait de «translatio» et de «traductio»[8]. Ces deux mots n’étaient pas pareils: «translatio» ou «translation» veut dire la transposition des objets ou symboles d’une langue à une autre, tandis que «traductio» ou «traduction» signifie plutôt la transposition du sens d’une certaine activité à une autre langue en adaptant ou en résumant. Les termes «transferre» et «translatio» datent du Moyen Age et indiquent le but de ces types de «traductions»: transmettre les mots d’une langue dans une autre langue. Cependant, quelques siècles plus tard, on réalisait qu’il s’agissait plutôt du contenu d’un texte et non pas des mots. Dans cette époque, il y avait deux facteurs qui contribuaient à l’amélioration de la position de la traduction:
1. L’invention du papier et de l’imprimerie (XVesiècle) contribuaient à la transmission du savoir. De cette façon, les textes traduits pouvaient être transmis aux autres langues et cultures beaucoup plus facilement, rapidement et de façon moins chère. Plus de lecteurs impliquait également plus de personnes qui ne savent pas lire le latin, de sorte qu’il y avait un grand besoin de traductions.
2. Pendant la Réforme, la religion chrétienne se répandait et gagnait du terrain en Europe, de sorte qu’on avait besoin de traductions de la Bible dans plusieurs langues. En outre, entre 1522 et 1534 Luther a traduit la Bible en allemand, ce qui était un sommet dans l’historique de la traduction. Luther soulignait également l’importance de traduire le sens d’un texte et non pas tout simplement les mots. De plus, il a dit qu’il faut bien comprendre un texte afin de pouvoir le traduire, c’est une exigence. En 1535, les calvinistes à Genève ont traduit la Bible de l’hébreu et du grec en français. Plus tard, la Bible a été traduite dans d’autres langues. Terminons en disant que dans la Renaissance, on a abandonné la tradition de traduction de mot à mot. De plus, le traducteur Peletier du Mans[9] au XVIe siècle a signalé les différences entre les cultures, ce qui voulait dire qu’il fallait en tenir compte.
1.2.3. La traduction de l’époque classique jusqu’au XXe siècle
La traduction à l’époque classique a été dominée par une caractéristique culturelle: le goût français. Ce goût a influencé le type de traduction, c’est à dire la belle infidèle, influencé par le «Rationalisme universel». En outre, le contenu des traductions n’a pas été contrôlé et on était d’avis que ce n’était pas grave tant qu’on n’avait pas accès aux originaux. Au Moyen Age, on exaltait les langues classiques en trouvant que ces langues sont parfaites, tandis qu’on trouvait les langues modernes faibles. A l’époque classique, on partageait toujours cet avis en trouvant que le français est insuffisant et que la traduction fonctionne comme un exercice de perfection de la langue en y ajoutant les éléments qui manquaient: «Unsere Sprache ist nur eine Legierung und sie muß durch Bearbeitung gezähmt werden» et «Die Übersetzer lassen sich von der Unzulänglichkeit unserer Sprache entmutigen»[10].
Cependant, il y avait un mouvement au XVIIe et XVIIIe siècles qui était moderne et qui voulait évoluer, ce qui a déclenché une querelle qui s’appelle «La Querelle des Anciens et des Modernes»[11]. Les Anciens s’opposaient au progrès, voulaient préserver les traditions et admiraient les Classiques, tandis que les Modernes stimulaient tout progrès et voulaient changer le monde, l’adapter aux changements, au goût moderne et aux idées nouvelles et s’opposaient à toutes les traditions. Cela va de soi que les langues latines et françaises étaient l’objet d’une discussion: les Anciens voulaient protéger le latin, tandis que les Modernes stimulaient l’usage de la langue française. C’est logique, car la plupart des Modernes ne savaient ni lire ni écrire les langues classiques. D’ici venait pour eux donc le besoin de traduire en français. De plus, ils voulaient tout moderniser en mettant en prose les textes antiques en vers, ce qui impliquait également une traduction. La querelle entre ces deux a ainsi influencé le monde de la traduction. En outre, il y avait un événement important dans ce monde qui s’appelle «la querelle d’Homère»[12]: Houdar de la Motte a traduit L’Iliade d’Homère en vers sur la base de la traduction en prose de Madame Dacier, quelques années plus tôt, et il a abrégé le texte et l’a ainsi adapté aux goûts modernes. D’après les Modernes, l’important c’est le contenu et non les mots.
A l’époque romantique, les langues nationales sont devenues plus importantes et on commençait à s’intéresser aux autres langues et cultures, de sorte qu’on avait besoin de traductions afin de les faire connaître. Le «goût français» n’est plus longtemps le seul goût: il y a plusieurs goûts possibles et ils entraient également dans la culture française. Les belles infidèles ne sont plus assez belles et idéales: on traduisait plutôt mot à mot et on trouvait également que la fidélité au texte source est précieuse. En effet, à l’époque romantique on rêvait des cultures lointaines, donc on n’avait pas besoin de traductions «adaptées» à la culture cible. On préférait des traductions qui respectaient le contenu et la forme de l’original et qui étaient moins «élégantes».
Tout ceci prouve que le monde de la traduction a été très dynamique. Ces différentes idées et théories nous ont amenée au XXe siècle. Ce siècle a été un grand siècle pour la traduction: les idées des siècles précédents ont été approfondies et d’autres théories et points de vue ont été lancés. Nous reviendrons sur le XXe siècle sous le point 1.3 en parlant des différentes théories actuelles de la traduction.
1.3. Quelques différentes théories modernes de la traduction
Comme nous avons pu le constater dans la partie précédente, il existe différentes façons de considérer la traduction. Dans cette partie, nous allons étudier un certain nombre de théories du XXe siècle.
1.3.1. Deux groupes générales de traduction d’après Mounin
Mounin (1967 : 52) distingue deux grands groupes de traduction:
1. Groupe de traduction qui adapte le texte à la culture cible en traduisant de façon naturalisée, de sorte que le lecteur pense lire un texte original, comme les belles infidèles. Mounin: «Übersetzungen dieser Gruppe würden also das Werk wiedergeben, ohne ihm das Kolorit seiner Originalsprache, seiner Zeit und seiner Kultur zu erhalten. Es wären Übersetzungen nach der Definition, die Gogol vom Übersetzer gab: «Er muß ein so transparentes Glas werden, daß man kein Glas vermutet». On «naturalise» le texte. On perd l’originalité de l’original donc en échange de l’originalité de la langue cible. Mounin (1967 : 53) critique ce mouvement en disant que le traducteur doit parfois traduire l’atmosphère du texte pour le naturaliser, mais sans la transmission de l’odeur de la culture source. D’après Mounin, le traducteur crée une grande distance.
2. Groupe de traduction qui traduit mot à mot, de sorte que le lecteur pense lire un texte étranger par rapport à la morphologie, sémantique et stylistique. Gogol (Mounin1967 : 53): «Übersetzungen dieser Gruppe wären das Gegenteil jener so durchsichtigen Gläser : Wiewohl sie in der neuen Sprache ganz einwandfrei geschrieben sind, könnten wir das Kolorit der Sprache, des Jahrhunderts und der Kultur des Originals nicht übersehen. Sie würden Gläser gleichen, die zwar ebenso transparent sind wie jene, aber gefärbt». On peut l’appeler un «exotisme»[13]. L’inconvénient c’est que le texte semble un peu «étrange», ou «bizarre» ou même incompréhensible au lecteur de la langue cible.
1.3.2. Le classement de la traductologie d’après Holmes
Sous le point 1.2. nous avons parlé du «monde de la traduction» pour indiquer les différentes théories et idées à travers les siècles. Au XXe siècle une nouvelle science est née petit à petit. Cependant, notre propos n’est pas d’examiner les origines de cette science. Ce qui nous intéresse plutôt sont les différentes théories appartenant aux différents mouvements. Appelons cette nouvelle science «traductologie» (terme créé par Brian Harris, 1972)[14].
En 1972, James Holmes parle, dans son essai The Name and Nature of Translation Studies, de la «traductologie», également appelée la «théorie de la traduction» et la «science de la traduction» (1972: 69). Nous utiliserons le terme de «traductologie» et nous suivrons la catégorisation des théories de la traduction d’Holmes. Il dit que la discipline empirique de la traductologie se divise en deux catégories: la première catégorie est de caractère théorique: elle s’occupe des recherches scientifiques et non de l’application pratique. La deuxième catégorie s’occupe des recherches pratiques. Nous étudierons ces deux catégories de près sous les paragraphes suivants.
Au sein de la catégorie des recherches scientifiques théoriques ou de la traductologie théorique, Hempel (1967: 1) parle des deux buts de celle-ci: «(…) to describe particular phenomena in the world of our experience and to establish general principles by means of which they can be explained and predicted» (cité par Holmes 1972: 71). On peut en conclure que cette science est de caractère descriptif et théorique. Holmes distingue ici le caractère descriptif et théorique. D’après lui, le but de la traductologie descriptive est ainsi à définir: «to describe the phenomena of translating and translation(s) as they manifest themselves in the world of our experience (…)», tandis qu’il définit la traductologie théorique ainsi:«to establish general principles by means of which these phenomena can be explained and predicted» (ibid. : 71).
Au sein de la traductologie descriptive Holmes distingue trois catégories s’occupant toutes d’un autre aspect de la traduction: 1. la recherche qui vise au produit. Ici, on décrit les caractéristiques des traductions existantes. Le but est de savoir quelles sont les normes et stratégies des traducteurs de tous les temps et cultures. 2. la recherche qui vise à la fonction. Dans cette discipline, on décrit les fonctions des textes dans les cultures cibles. Ici, on s’intéresse plus au contexte qu’au texte. On voudrait entre autres savoir quels textes ont été traduits vers le néerlandais dans une certaine période et dans quelle mesure ils ont influencé la production des textes normaux. De plus, on s’intéresse à savoir quelle est l’influence de l’introduction des nouveaux genres et techniques sur la littérature, ce qui est souvent grâce aux traductions. 3. la recherche qui vise au processus. Dans ce domaine, on cherche tout simplement à savoir ce qui se passe dans la tête d’un traducteur. Ce processus est très complexe et ce domaine appartient plutôt à la psychologie ou psycho-linguistique.
La traductologie théorique fonctionne surtout à la base des résultats de la recherche descriptive et ainsi on cherche des principes, modèles et théories pour pouvoir comprendre et expliquer la traduction en général et le processus de traduction. Le but final de ce type de recherche c’est de faire une théorie universelle de la traduction, ce qui signifie une théorie qui comprend et explique tous les phénomènes en matière de traduction. Holmes doute de cette possibilité. Holmes distingue six «partial translation theories» (ibid.: 74) au sein de la traductologie théorique: 1. les théories «medium-restricted», telles que les théories parlant de la traduction humaine (traduction orale et écrite) et automatique ou de ces deux ensemble. 2. les théories«area restricted»: ces théories sont limitées aux langues et cultures. 3. les théories «rank-restricted» concernent les mots, les phrases ou tout le texte. 4. les théories «text-type restricted» traitent le problème de la traduction des types de textes spécifiques ou genres. 5. les théories «time-restricted»: théories traitant de la traduction des textes modernes et des textes anciens. 6. les théories «problem-restricted»: théories dans lesquelles on parle des problèmes généraux ou plus spécifiques au niveau de la traduction.
En terminant ces deux types de recherches théoriques, nous pouvons conclure qu’il y a une corrélation entre la traductologie descriptive et théorique et qu’elles doivent toujours être en contact afin d’entretenir la corrélation. Passons maintenant aux recherches pratiques.
Au sein des recherches pratiques ou de la traductologie appliquée, Holmes a fait quatre catégories: la didactique de la traduction, les outils de traduction, la politique de la traduction et la critique de la traduction. Nous allons étudier ces quatre catégories un peu plus. Cependant, d’abord un petit mot en général concernant ce type de recherche. Ces recherches sont très pratiques et seront donc utiles aux étudiants et aux traducteurs (débutants). D’après Snell-Hornby (1986 : 12) le but d’une théorie de la traduction est:
Ziel einer Theorie des Übersetzens müßte es sein, nicht nur den Übersetzungsvorgang zu reflektieren, sondern auch dem Übersetzer einen Bezugsrahmen zu geben, der letzten Endes zu besseren Übersetzungen führt.
Tout d’abord, la didactique de la traduction. Elle est appelée «for the time being, at least, the major area (…)» des recherches pratiques (Holmes1988 : 77)[15]. Depuis les années soixante, il y a des écoles de traduction partout en Europe, d’où l’importance de cette catégorie. On avait besoin de bonnes méthodes pour l’enseignement, ceci vaut toujours. Nous reviendrons sur la didactique de la traduction en parlant de Hönig et Kußmaul (1.3.3.) et de Nord (1.3.4.).
La deuxième catégorie, celle des outils de traduction, a également un rapport avec la didactique, puisqu’on développe des outils qui doivent être utiles non seulement aux étudiants, mais encore aux traducteurs. Ce qu’on veut dire par «outils», ce sont en premier lieu les outils lexicographiques et terminologiques et en deuxième lieu les livres de grammaire. Souvent, ces outils ne sont pas très utiles aux traducteurs, car ils sont écrits au profit de l’acquisition d’une deuxième langue.
Ensuite,la politique de la traduction a son importance, ce qui veut dire qu’on définit le rôle et le lieu des traductions, traducteurs et on détermine par exemple quels travaux doivent être traduits dans une certaine situation socio-culturelle et quel rôle doit jouer la traduction dans l’enseignement des langues étrangères.
Enfin, la critique de la traduction est importante: ici, on s’occupe du développement des méthodes avec lesquelles on peut critiquer les traductions d’une façon objective et utile. Il y a un lien étroit avec la didactique, parce que dans l’enseignement on a besoin de bonnes méthodes afin de pouvoir critiquer les traductions faites par les étudiants. Nous reviendrons sur la critique de la traduction dans 1.3.5. en parlant de Reiß.
Finalement, nous pouvons également constater ici qu’une corrélation non seulement entre ces quatre types mais également entre les recherches théoriques et pratiques est nécessaire, ce qui peut être illustré par une citation d’Holmes (1988 : 78-79)[16]:
(…) descriptive, theoretical and applied translation studies have been presented as three fairly distinct branches of the entire discipline, and the order of presentation might be taken to suggest that their import for one another is unidirectional (…) In reality, of course, the relation is a dialectical one, with each of the three branches supplying materials for the other two, and making use of the findings which they in turn provide it (…) In view of this dialectical relationship, it follows that (…) attention to all three branches is required if the discipline is to grow and flourish.
Traitons maintenant quelques grands noms de grands scientifiques de la deuxième catégorie d’Holmes: les recherches pratiques.
1.3.3. La didactique de la traduction : Hönig et Kußmaul
Le premier nom appartenant aux recherches pratiques ou à la traductologie appliquée (en précisant la didactique de la traduction) que nous allons traiter sont en fait deux noms: Hans Hönig et Paul Kußmaul. Commençons d’abord par une citation qui illustre leur opinion de la didactique de la traduction dans l’enseignement:
Überspitzt ausgedrückt stellt sich die Situation (…) folgendermaßen dar: Die Studenten übersetzen einen Text, den sie nicht verstehen, für einen Adressaten, den sie nicht kennen. Und das Produkt ihrer Bemühungen wird nicht selten von einem Dozenten beurteilt, der weder praktische Erfahrungen als Übersetzer noch theoretische Kenntnisse in der Übersetzungswissenschaft besitzt (1982: 28).
Ces deux scientifiques critiquent donc nettement l’enseignement de la traduction en décrivant la façon dont la traduction est enseignée dans les écoles de traduction.
Leur livre Strategie der Übersetzung. Ein Lehr- und Arbeitsbuch (1982) est un livre important et pratique. Les mots clés sont: «communication» et «acte» Ce livre est un vrai manuel en premier lieu pour les étudiants de traduction et se compose de deux parties «Das heilige Original» (dans cette partie on aide à développer une stratégie de traduction en considérant le texte comme un acte de communication) et «Der andere Text» (ici, on montre l’application de la stratégie à différents niveaux linguistiques. Le dernier chapitre est une réflexion sur la critique de la traduction et le rôle de l’enseignement de la traduction). Le but principal du livre est de développer une compétence en traduction. Cependant, les deux auteurs affirment qu’aucun traducteur ne maîtrisera jamais complètement une langue étrangère. De plus, faire une traduction sans fautes sera presque impossible. Un traducteur compétent est un traducteur qui est conscient de l’effet de la traduction sur le lecteur: «Die übersetzerische Leistung ist an der Wirkung zu messen, die der Übersetzer mit seinem (…) Text bei seinen Adressaten erzielt» (1982 : 12). Le concept «übersetzerische Kompetenz» est ainsi défini: «Die Übersetzung als Text und den Empfänger als Adressaten genau so ernst zu nehmen, wie wir das bei jedem Verfasser eines Textes voraussetzen» (ibid.: 12).
Hönig et Kußmaul critiquent la qualité de beaucoup de traductions, telles que les modes d’emploi qui sont souvent vite traduits avec beaucoup d’erreurs entre autres par manque de temps et de bons traducteurs. Ils critiquent en même temps la distance entre la théorie et la pratique de la traduction et le fait qu’on ne prend pas les stratégies de traduction au sérieux. Pour améliorer la qualité des traductions, on a besoin d’une stratégie qui vise à la solution des problèmes de traduction. Ils signalent que le traducteur a besoin d’une fondation scientifique et que le scientifique par contre a besoin d’un peu d’expérience pratique. Hönig et Kußmaul essaient de faire le pont entre la théorie et la pratique en mêlant quelques théories à une stratégie de traduction.
De plus, ils considèrent la traduction en particulier comme un acte de communication entre le destinateur et le(s) récepteur(s): le traducteur doit avoir un certain but et pour l’atteindre il doit tenir compte des besoins du récepteur. Il fait cela avec une certaine stratégie. S’il ne le fait pas, la communication n’atteindra pas son but. Ceci est exactement ce qu’ils reprochent à l’enseignement: les étudiants doivent tout d’abord lire attentivement le texte et ensuite le traduire correctement en «langue X». On ne parle pas du but et de la fonction du texte, du public cible et des stratégies à appliquer. Le processus de traduction est isolé de son contexte communicatif. Hönig et Kußmaul sont d’avis que les étudiants doivent apprendre à placer la traduction dans son contexte communicatif. Pour y arriver ils doivent d’abord fixer le but, la fonction et le public cible de la traduction avant de commencer à traduire. Puis, les étudiants peuvent choisir leurs stratégies.
Hönig et Kußmaul distinguent deux stratégies: dans la première stratégie on cherche à atteindre la «Funktionskonstanz», ce qui veut dire que la fonction du texte source est gardée, et dans la deuxième on cherche à atteindre la «Funktionsveränderung» (ibid.: 40), ce qui signifie qu’on change la fonction dans la traduction. La dernière stratégie peut entraîner de grands déplacements dans le texte au niveau syntaxique, sémantique et stylistique.
Finalement, ces deux scientifiques estiment que les étudiants en traduction doivent apprendre qu’est-ce que le «notwendiger Grad der Differenzierung» et l’appliquer dans les traductions. Ce «Grad» veut dire que les étudiants ne doivent pas se demander s’ils doivent traduire littéralement ou plutôt librement; ils doivent par contre se poser la question: «Wie differenziert muß ich an dieser Stelle sein, um mein kommunikatives Ziel zu erreichen?» (ibid.: 63). Ceci joue par exemple un rôle dans la traduction des éléments culturels, où l’on peut se demander dans quelle mesure il faut adapter un certain nom ou concept à la langue cible.
Dans la deuxième partie de leur livre, ils parlent des problèmes aux différents niveaux linguistiques, tels que pragmatique, sémantique et syntaxique. Le terme « notwendigerGrad der Differenzierung» joue un rôle central, parce que tous les problèmes de traduction doivent être considérés par rapport à l’effet de la traduction sur le lecteur et au but de la traduction déterminé par le traducteur.
Concluons en disant que Strategie der Übersetzung est un Lehrbuch très pratique au profit des étudiants en traduction en premier lieu. Le livre prête d’une part attention à la théorie et d’autre part à la pratique où l’on donne des directives théoriques afin de développer une stratégie de traduction et où l’on étudie dans quelle mesure la stratégie peut aider à donner une solution aux problèmes de traduction.
1.3.4. La didactique et la fonctionnalité de la traduction: Nord
La deuxième chercheuse, avec sa théorie importante que nous allons étudier est Christiane Nord. Son travail Textanalyse und Übersetzen (1988) appartient au même mouvement (Neuorientierung[17]) que celui d’Hönig et Kußmaul et a les termes «fonction», «skopos[18]», «communication» et «acte» comme mots clés. Son but est de développer un modèle d’analyse de texte qui est important pour la traduction, autrement ditun modèle qui aide le traducteur à comprendre le texte en cherchant les caractéristiques spécifiques par rapport à la fonction du texte et à la fonction de la traduction. Ce modèle peut être appliqué à tous les types de textes et à toutes les langues. Le public cible qui peut utiliser ce modèle est en premier lieu les étudiants et professeurs en traduction et en deuxième lieu les traducteurs professionnels. Nous étudierons le cadre dans lequel ce modèle peut être utilisé en ensuite nous parlerons un peu de ce modèle sur le plan du contenu.
Pour Nord, le skopos ou la finalité du texte est le point de départ. Chaque texte est créé dans un certain lieu, dans un certain moment et dans une certaine situation. Chaque texte est donc lié à ces éléments. De plus, un texte exige au moins deux «Kommunikationspartner welche in der Lage sind und die Absicht (Intention) haben, miteinander zu einem bestimmten Zweck zu kommunizieren» (1988: 13). Le texte est le moyen de communiquer et la fonction du texte c’est de réussir à réaliser le but de la communication. Selon Nord, le texte est le résultat d’une action communicative liée à une situation.
De plus, la traduction est également considérée comme le résultat d’une action communicative liée à une certaine situation. Cette action est le processus de traduction. Les facteurs qui ont une position importante sont le destinateur (mandant) ou, par rapport à une traduction l’initiateur, et le producteur (écrivain) du texte source, ou le traducteur du texte cible. Ces deux peuvent concerner une seule personne, mais ceci est moins souvent ainsi dans le cas d’une traduction. Cependant, cette distinction est importante, parce que l’intention du destinateur n’est pas toujours la même que celle du producteur du texte ou de la traduction. Puis, Nord distingue différents récepteurs. D’après Nord, le traducteur est le récepteur du texte source, tandis qu’il n’est pas le récepteur officiellement visé. Nord distingue aussi les récepteurs de la traduction: il faut adapter la traduction au niveau du public cible. Ce qui est important de ce cadre, c’est le rôle de l’initiateur: l’initiateur détermine le but (le «skopos») de la traduction et ce skopos détermine le contenu de la traduction. En bref, c’est la fonction de la traduction déterminée par l’initiateur qui est le moteur du processus de traduction: «Die Translatfunktion ergibt sich also keineswegs mehr oder weniger automatisch aus der Ausgangstextanalyse, sondern ist vielmehr pragmatisch vom Zweck der transkulturellen Kommunikation her zu definieren» (1988: 9). L’exigence la plus importante est la «Funktionsgerechtigkeit» (ibid.: 32), mais le traducteur doit également être loyal au texte source. D’après Nord, la qualité d’une traduction dépend de la mesure dans laquelle l’intention de l’initiateur ou producteur correspond avec le skopos de la traduction. Cependant, cette compatibilité entre l’intention du texte source et la fonction du texte cible est culturellement liée.
En résumé, l’analyse du texte source doit, selon Nord, aider le traducteur à déterminer dans quelle mesure l’intention du texte source correspond avec la fonction du texte cible. Ensuite, le traducteur peut déterminer quels éléments du texte source doivent être empruntés et lesquels doivent être adaptés et de quelle façon.
Un petit mot encore concernant le contenu du modèle. Nord distingue les facteurs à l’extérieur du texte (destinateur/producteur, récepteur(s), intention, média, lieu, temps, motif et fonction) des facteurs à l’intérieur du texte (thématique, contenu, présuppositions, structure, illustrations, vocabulaire, grammaire, ton et effet sur le lecteur). Tous ces facteurs sont traités dans le détail avec des questions et on peut indiquer s’il y a une corrélation avec d’autres facteurs à l’extérieur et à l’intérieur du texte. Nord a défini ces facteurs dans une formule:
«WER soll WOZU WEM über WELCHES MEDIUM WO WANN WARUM einen Text mit WELCHER FUNKTION übermitteln? WORÜBER soll er WAS (WAS NICHT) in WELCHER REIHENFOLGE unter Einsatz WELCHER NONVERBALEN ELEMENTE in WELCHEN WORTEN in WAS FÜR SÄTZEN in WELCHEM TON mit WELCHER WIRKUNG sagen? (ibid. : 170).
Cette formule est très pratique et facile à appliquer sur l’analyse du texte source. Le traitement de cette formule par contre dépasse un peu notre description.
En terminant, nous pouvons constater que Nord a réalisé un modèle très pratique à utiliser en premier lieu par les étudiants en traduction. Ce modèle est à appliquer dans tous les types de textes. Ce modèle systématique vise à rendre l’enseignement plus systématique, pratique et rationnel. Cependant, Van Leuven (1992: 123) critique le livre en disant qu’il est difficile à lire par rapport au livre d’Hönig et Kußmaul, étant donné qu’elle écrit souvent de longues phrases compliquées et qu’elle traite la théorie sur laquelle elle a basé son modèle de façon très détaillée. De plus, il y a quelques années, nous avons appliqué la formule de Nord pour rechercher et comparer la langue de spécialité de quelques textes au niveau médical[19]. A l’aide de Nord, nous avons analysé les textes. Cette méthode nous a paru très détaillée (chaque facteur comprend un nombre de questions détaillées et quelques-unes renvoient chaque fois aux autres facteurs). L’avantage c’est qu’on aura ainsi une idée très détaillée du texte, c’est-à-dire du producteur, du récepteur, de la fonction, etc. L’inconvénient c’est qu’il y avait un nombre de questions qui se ressemblent trop, ce qui était compliqué et parfois double. Cependant, le but de Nord est de bien pouvoir déterminer le skopos d’un texte. Pour déterminer le skopos, il faut entre autres savoir quel est l’initiateur, le motif, le public, etc. Elle y a bien réussi avec sa méthode très détaillée, mais nous partageons ce que Van Leuven a dit là-dessus en disant qu’elle n’est pas facilement à appliquer. D’après Nord, le traducteur sera capable à l’aide de cette méthode de comprendre le texte en cherchant les caractéristiques par rapport à la fonction du texte et de la traduction. De plus, le traducteur peut déterminer dans quelle mesure l’intention du texte source correspond avec la fonction du texte cible. Cette méthode vise donc à la fonction du texte source et à celle de la traduction. Elle aide donc à trouver cette fonction et à la garder dans la traduction par exemple, mais elle n’aide pas à traduire un texte correctement en résoudrant les problèmes de traduction, donc à notre avis l’application de cette méthode est, par rapport à notre traduction y comprise les problèmes, beaucoup trop limitée.
1.3.5. La critique de la traduction: Reiß
La troisième personne dont nous voulons parler est Katharina Reiß. Reiß appartient à la catégorie de la critique de la traduction au sein de la traductologie appliquée. Son travail Möglichkeiten und Grenzen der Übersetzungskritik (1971) était le premier qui a systématisé la problématique compliquée des recherches au niveau de la critique de la traduction. La critique de la traduction ne peut qu’être faite par quelqu’un qui maîtrise la langue source et cible. Ceci implique en même temps qu’on ne peut pas critiquer une traduction sans le texte source.
Dans son travail, elle essaie de développer un nombre de critères afin d’évaluer la qualité d’une traduction. Ces critères doivent satisfaire à deux conditions: ils doivent être objectifs et «sachgerecht» (1971: 13). Pour elle c’est la seule possibilité de mettre fin à la manière subjective, peu satisfaisante et souvent injuste dont on juge souvent les traductions. Critères «objectifs» signifie qu’on doit les vérifier et contrôler (ibid.: 12). Le critique est donc obligé de bien motiver son jugement et de l’illustrer avec des exemples. «Sachgerecht» veut dire que les traductions doivent être jugées sur la qualité en tant que traduction et non sur d’autres caractéristiques (littéraires, scientifiques, etc.). L’important, c’est que le contenu du texte source doit être transposé dans la traduction. On critique donc de façon objective la mesure dans laquelle ce message a été transposé. Ceci implique également encore qu’il faille toujours juger la traduction en la comparant avec le texte source.
Reiß fait une distinction entre deux types de traductions: «Übersetzungen» et «Übertragungen». Dans le cas d’une «Übersetzung», il faut que le traducteur joue un rôle secondaire par rapport à l’auteur du texte source. De plus, il faut qu’il maintienne la fonction et les caractéristiques du texte source le plus possible. Concernant les « Übertragungen» par contre, le traducteur a plus de liberté, car il ne doit pas strictement observer le texte source: les «Übertragungen» remplissent une «spezielle Funktion» (ibid.: 93) ou elles sont faites pour un «speziell intendierten Leserkreis» (ibid.: 93). Dans ce dernier cas, les critères ont été faits par la nouvelle fonction ou les nouveaux lecteurs. Reiß prête le plus d’attention aux «Übersetzungen».
Reiß est d’avis qu’on a besoin du texte original pour faire une comparaison avec la traduction et pour pouvoir comparer et juger la qualité de la traduction, il faut des critères objectifs. Avant de juger la traduction, elle trouve qu’il faut commencer par analyser et critiquer le texte source. Elle prête beaucoup d’attention à l’analyse du texte source.
Pour analyser le texte source Reiß distingue trois catégories:
1. littéraire: le type de texte du texte source est déterminé. Reiß distingue trois fonctions: «Darstellung» (fonction référentielle),«Ausdruck» (fonction expressive) et «Appell» (fonction appellative). (ibid.: 32). Elle distingue encore trois types de textes: «inhaltsbetonte» (la fonction référentielle domine, l’accent est mis sur l’information donnée), «formbetonte» (la fonction expressive domine, les caractéristiques formelles et linguistiques sont plus importantes que le contenu) et «appellbetonte» (la fonction appellative domine) (ibid.: 34).
2. linguistique: on recherche les caractéristiques linguistiques; les «innersprachlichen Instruktionen» (ibid.: 54 et autres) qui doivent être respectées par le traducteur aussi bien que le critique et qui se trouvent à quatre niveaux: sémantique (l’équivalence au niveau du contenu entre le texte source et la traduction est l’exigence principale pour le traducteur et ainsi le critère de jugement principal), lexical (le critère de l’«Adäquatheit » vaut ici: le choix du vocabulaire doit être correct), grammatical («Korrektheit» joue ici le rôle primordial: les règles grammaticales doivent être correctes) et stylistique (le critère de la «Korrespondenz» est appliqué: les caractéristiques stylistiques du texte source doivent correspondre avec celles de la traduction).
3. pragmatique: les caractéristiques non linguistiques seront analysées; les «außersprachlichen Determinanten». D’après Reiß, ces derniers doivent toujours être recherchés en correspondance avec les «innersprachlichen Instruktionen», car «Gerade sie sind es nämlich, die oft erst die Entscheidung darüber ermöglichen, ob die gefundenen Äquivalente nicht nur potentieller, sondern optimaler Art sind» (ibid.: 69). Ici, elle distingue également sept facteurs: «die engere Situationsbezug» (le contexte micro-structurel), «Sachbezug» (de ce dont on parle dans le texte), le troisième facteur est le temps où le texte est fait ou auquel il renvoie, le quatrième est le lieu (on renvoie aux realia), le cinquième concerne les récepteurs du texte source, le sixième est l’idiolecte de l’auteur du texte source et finalement les «affektive Implikationen»(les moyens linguistiques qu’on utilise pour exprimer l’ironie, l’humour, etc.). Reiß trouve que ces «Determinanten» doivent le plus possible être traduits ou transmis dans la traduction et ceci détermine la qualité.
Concernant les «Übertragungen», Reiß dit entre autres que ces traductions sont faites pour un certain public ou ont une fonction spéciale (telles que des résumés, traductions de la Bible, etc.). C’est au critique de rechercher dans quelle mesure la traduction correspond aux exigences inhérentes à la fonction spéciale ou au public spécial. De plus, elle conseille aux traducteurs de nommer la fonction et le public cible pour éviter que le critique ne lui reproche d’être négligent ou ignorant.
Finalement, Reiß avoue qu’il est difficile d’être subjectif dans le jugement d’une traduction. La seule chose que le critique puisse faire, c’est de bien motiver et prouver son jugement en montrant des exemples.
Il n’est pas étonnant que le travail de Reiß ait influencé la théorie du Skopos de Vermeer (1986) et au mouvement «Neuorientierung» (voir note 17) étant donné qu’elle était la première qui a écrit sur la critique de traduction. Son travail par contre a été critiqué par d’autres, mais cela dépasse notre cadre.
Conclusion du chapitre
Maintenant nous avons globalement vu comment est née la traductologie moderne en étudiant l’historique et le rôle de la traduction à travers les siècles à partir de l’Antiquité jusqu’à de nos jours. Au XXe siècle, la traduction est devenue une vraie science. Nous avons d’abord étudié un nombre de définitions de la notion de «traduction» et nous avons parlé de quelques théories au niveau de la traductologie appliquée.
Nous avons souvent rencontré le mot «culture» au niveau de la traduction. Ce mot joue un rôle clé dans la traduction. Passons maintenant au chapitre 2 qui parle de la culture, en général et plus spécifique.
Introduction
Dans ce chapitre, nous essaierons de montrer ce qu’est «culture» à l’aide de quelques définitions, entre autres de Geert Hofstede sur qui nous reviendrons. Ensuite, dans la deuxième partie, nous ferons une typologie des cultures du monde entier et après nous donnerons globalement une description d’un nombre de cultures au niveau mondial selon quatre dimensions à l’aide de la recherche IBM effectuée par Hofstede. Enfin, nous y prenons la France, les Pays-Bas et l’Espagne pour les comparer un peu plus en détail.
2.1. Qu’est-ce que la culture ? Quelques définitions
Le terme «culture» est une notion connue et utilisée par tous, mais qui demande à être définie de façon plus spécifique dans le cadre de ce travail.
Dans la premièredéfinition de Le Vine (1984) (cité par Beth Haslett 1989: 20)
An inherited system of ideas that structures the subjective experience of individuals
le concept «culture» est considéré comme un «système». Ce système se compose d’idées. Concernant ces idées, on dit qu’elles sont subjectives et le résultat de l’expérience de l’individu ou d’un groupe d’individuels.Le concept «culture» semble donc être personnel. Cependant, cette définition est un peu vague et courte, car on ne sait pas ce qu’on veut dire concrètement par «system of ideas». Nous avons besoin d’une explication concrète des termes appartenant à un système culturel. Nous y reviendrons en parlant de la définition de la culture d’Hofstede plus bas.
Etudions ensuite une autre définition, celle de Lefevere (1992: 8):
When we speak of «a culture» or «the receiving culture », we would do well to remember that cultures are not monolithic entities, but that there is always a tension inside a culture between different groups, or individuals, who want to influence the evolution of that culture in the way they think best.
Cette description est différente de la précédente lorsqu’elle précise que «culture» est en fait la culture cible («receiving culture»), la culture quireçoit le texte traduit. L’adjectif «subjective» de la première définition correspond aux mots«tension between (…) different groups, or individuals (…) influence (…) think best», ce qui veut dire que la notion «culture» est personnelle, subjective et changeante. Les caractéristiques dans la définition portent sur une seule culture, autrement dit au sein d’une culture, il y a des individus qui sont différents et essaient d’influencer «la culture commune». Cependant, ce qui manque dans cette définition est le vrai sens du mot «culture». Concernant ce mot, on dit seulement que les cultures ne sont pas des «monolithic entities», mais maintenant on ne sait pas encore exactement ce qu’est la culture. Nous reviendrons sur les «different groups or individuals» en étudiant Hofstede.
Passons maintenant à la définition de la notion culture par Geert Hofstede ; la deuxième partie de sa définition est d’origine anthropologique. Il distingue deux types de culture et les appelle «culture 1» et «culture 2»:
1. het oefenen of verfijnen van de geest; beschaving. 2. de collectieve mentale programmering[20] die de leden van één groep of categorie mensen onderscheidt van die van andere. Dit is het antropologische cultuurbegrip (1991: 332)
et plus loin il ajoute que la culture
(…) betekent (…) met name de vruchten van een bepaalde beschaving, zoals onderwijs, kunst en literatuur. Dit is «cultuur in engere zin» (…) «cultuur één» (…) In de antropologie is «cultuur» een trefwoord voor al die patronen van denken, voelen en handelen (…) «Cultuur 2» omvat niet alleen activiteiten die geacht worden de geestelijke beschaving te bevorderen, maar ook gewone en alledaagse zaken zoals groeten, eten, het al dan niet tonen van gevoelens, het bewaren van een zekere fysieke afstand tot anderen, het bedrijven van de liefde of het verzorgen van het lichaam (ibid.: 15).
Pour nous, la deuxième description de «culture» est la plus intéressante, parce que celle-ci comprend plus d’éléments et signale qu’il y a des différences entre les groupes qui se distinguent, tandis que la première est générale. Cette définition anthropologique peut également être utilisée dans notre travail plutôt linguistique.
D’après Hofstede, les cultures se manifestent de quatre manières: symboles (mots, gestes, dessins ou objets, comme les mots d’une langue ou d’un jargon, vêtements, coiffure, Coca-Cola, drapeaux, symboles de prestige), héros (personnages vivants ou morts, fictifs ou réels qui ont de bonnes caractéristiques et qui sont ainsi le type comportemental, mêmes les figures de fantaisie comme Batman et Astérix), rituels (activités collectives qui sont techniquement superflues pour atteindre le but, mais essentielles de façon sociale dans une culture, comme le salut, le respect envers l’autre, cérémonies sociales et religieuses) et valeurs («elles forment un modèle de comportement indélébile qui s’imprime en nous. Les valeurs définissent le bien et le mal, le propre et le sale, le beau et le laid, le naturel et ce qui est contre nature, la norme et l’anormal, le rationnel et l’irrationnel, le cohérent et l’insensé»[21]. Les valeurs forment le cœur de la culture.
Enfin, Hofstede parle des différents niveaux de culture. Il dit que chaque individu appartient à plusieurs groupes et catégories en même temps, ce qui entraîne des différences entre eux. Il distingue entre autres: niveau national (dans le cas de migration), niveau régional/ethnique/religieux/linguistique (dans un pays, il y a plusieurs niveaux culturels), le sexe (les femmes par exemple ne sont jamais des symboles ou des figures héroïques), la génération (il y a des différences entre les grands-parents, parents et (petits-)enfants), la classe sociale (liée à la formation et à la fonction) et finalement, une organisation ou entreprise (pour ceux qui travaillent).
De plus, Peter Newmark, qui est également important pour notre travail et sur qui nous reviendrons dans le troisième chapitre, a défini la notion de culture et sa définition comprend en gros les mêmes éléments que celle d’Hofstede:
I define culture as the way of life and its manifestations that are peculiar to a community that uses a particular language as its means of expression (…) I distinguishculturalfrom universalandpersonallanguage (1988: 94).
La toute première phrase est la vraie description du terme et est de caractère général. Dans la suite de la description, il distingue trois types de langage.
Cependant, dans son glossaire il définit «culture» plus spécifique :
Objects, processes, institutions, customs, ideas peculiar to one group of people (1988: 283).
Le «group of people» correspond à sa «community» dans la première description. Avec ses «objects, processes, institutions, customs, ideas» il explique en fait ce qu’il veut dire par «way of life and its manifestations» dans sa première description.
Après sa description de la notion«culture», il continue en signalant le grand problème de traduction:
mirror and table are «universals» - usually there is no translation problem there (…) steppe, tagliatelle are cultural words – there will be a translation problem unless there is cultural overlap between the source and the target language (…) Universal words such as breakfast (…) often cover the universal function, but not the cultural description of the referent (…) And if I express myself in a personal way (…) I use personal, not immediately social, language, what is often called idiolect, and there is normally a translation problem (ibid. : 94).
Ici, il montre le lien entre les différentes cultures et les (éventuels) problèmes de traduction. Nous reviendrons sur les problèmes de traduction dans le troisième chapitre.
En le comparant avec Hofstede, nous pouvons dire qu’Hofstede parle des symboles, héros, rituels et valeurs en donnant les éléments qui caractérisent une certaine culture. Newmark par contre parle des «objects, processes, institutions, customs, ideas» qui sont spécifiques d’une certaine culture ou groupe au sein d’une culture. Une bonne comparaison entre ces termes n’est pas possible, car Newmark n’explique pas ce qu’il veut dire par ces termes. Cependant, nous pouvons constater que «objects» correspondent aux «symboles», car les symboles impliquent également les objets. En gros, nous pouvons dire que l’idée de donner quelques éléments qui caractérisent une société est pareille. Toutes les sociétés ont ces éléments, mais ils sont tous différents.
Une plus grande différence c’est qu’Hofstede parle des «leden van een groep of categorie mensen» ce qu’il explique par ses différents niveaux de culture. Newmark par contre n’explique pas son «group of people». Cependant, il distingue trois niveaux de langage qu’il explique en donnant des exemples et en disant lesquels des trois niveaux posent des problèmes de traduction. Hofstede ne parle pas des problèmes de traduction, mais c’est logique étant donné qu’il est anthropologue.
Pour résumer, nous pouvons dire que toutes ces définitions montrent la diversité du terme «culture». La définition détaillée d’Hofstede explique entre autres concrètement ce qu’on entend par un «system of ideas» et ce qu’on veut dire par «groups», deux termes qu’on retrouve dans les deux premières définitions. Hofstede parle encore des quatre manières par lesquelles une culture se manifeste. Nous avons comparé ces manières avec les éléments cités par Newmark et nous avons conclu que les quatre manières d’Hofstede étaient le plus détaillées. Cependant, Newmark signale un grand problème de traduction, ce qui est important pour le troisième chapitre de ce travail. D’abord, nous revenons sur Hofstede en parlant des différentes cultures dans la partie suivante.
2.2. Les différentes cultures
Maintenant, nous savons un peu ce qu’est la notion de culture. Dans cette partie, nous allons donc étudier un peu les différentes cultures au niveau mondial à l’aide d’Hofstede (1991) pour avoir une idée globale des cultures existantes. Tout d’abord, nous allons faire une sorte de typologie des cultures pour montrer qu’il y a plusieurs cultures qui sont toutes différents.
2.2.1. La typologie des cultures
Nous essayons tout d’abord de faire la typologie en les catégorisant en gros à l’aide du livre d’Hofstede. Cette typologie est souvent utilisée dans Hofstede. Le problème c’est que Hofstede parle d’une cinquantaine de pays et parfois il les classe pour les nommer plus facilement, mais pour lui cette catégorisation n’est pas importante, car il traite 50 différents pays séparément et les compare (voir 2.2.2.). Il y a donc des pays qui manquent ou des pays qui sont groupés par lui, tels que les pays arabes et l’Afrique de l’Ouest. Cependant, nous mettons l’accent sur l’Europe, et de plus sur l’Europe de l’Ouest. Pour les autres catégories, nous cherchons sur Internet pour trouver une certaine catégorie existante.
Globalement, on peut diviser le monde en quatre parties: nord, sud, est et ouest ou d’après les sept continents. Cependant, cette catégorisation est trop grosse. C’est pour cela que nous rassemblons les termes utilisés par Hofstede afin de donner un sommaire des différentes cultures. Disons par contre que la catégorisation se compose de plusieurs pays (ou cultures) qui ne sont pas pareils, mais ils se ressemblent en grandes lignes. Remarquons que cette catégorisation est globale, donc il y manque des pays. Cela dépasse le cadre de notre travail de nommer tous les pays.
Commençons par l’Europe: on distingue les pays ou cultures:
germaniques[22] (Allemagne, Pays-Bas),
scandinaves (Norvège, Suède, Danemark, Finlande),
anglo-saxons (Royaume-Uni, Irlande),
latins/romans (France, Belgique, Italie, Espagne),
slaves (l’Ex-Yougoslavie, Pologne, République tchèque, Russie[23])
Passons maintenant à l’Afrique, on distingue les pays:
arabes (Egypte, Tunisie, Irak, Arabie saoudite)
de l’Afrique de l’Est (Ethiopie, Kenya, Tanzanie) (Afrique noire)
de l’Afrique de l’Ouest (Ghana, Nigéria) (Afrique noire)
de l’Afrique du Sud
Ensuite, l’Amérique:
l’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada)
l’Amérique du Sud (Mexique, Panama)
l’Asie (Hong-Kong, Indonésie, Inde, Japon, Corée, Thaïlande)
Finalement, l’Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande
2.2.2. Les différentes cultures d’après Hofstede
Regardons ces différentes cultures et en même temps les différences culturelles de près à l’aide du recherche d’Hofstede (1991).
Tout d’abord, un petit mot sur la recherche effectuée par Hofstede. Sur la base des résultats d’un questionnaire, Hofstede a développé une grille culturelle montrant les différences de culture entre plusieurs pays. Les réponses ont été données par les employés d’IBM dans 53 pays dans le monde entier. L’identité culturelle est définie selon quatre dimensions: la distance hiérarchique, l’individualisme/collectivisme, les valeurs masculines/féminines et le contrôle de l’incertitude[24]. Nous étudierons ces quatre dimensions et montrerons globalement les résultats des groupes de pays afin d’avoir une idée du caractère de ces groupes et des ressemblances et différences.
D’abord la distance hiérarchique. La distance hiérarchique veut dire «le degré d’inégalité attendu et accepté par les individus»[25] ayant le moins de pouvoir d’une institution ou d’une organisation d’un pays. La répartition du pouvoir par contre est expliquée à partir du comportement de ceux qui ont le plus de pouvoir, tels que les patrons[26].
Passons aux résultats[27]: parmi les pays à distance hiérarchique élevée, nous trouvons les pays latins européens (France, Espagne, Italie, Belgique), les pays arabes, les pays d’Amérique du Sud, l’Asie et les pays d’Afrique noire.
Parmi les pays à distance hiérarchique faible, nous avons les pays scandinaves, germaniques, anglo-saxons et l’Océanie.
En bref, cela signifie que dans les pays à distance hiérarchique élevée, il y a plus d’autorité et une plus grande inégalité que dans les pays à distance hiérarchique faible, ceci signifie par exemple au niveau familial qu’il y a une grande distance entre les parents et les enfants (les enfants doivent toujours obéir aux parents), dans l’enseignement, il y a une inégalité entre le professeur et l’élève ou étudiant et dans le travail, les supérieurs sont «plus» que les subordonnés.